%\section*{Le temps des cartes} Au la fin du \textsc{xvii}\ieme{} siècle, la cartographie connaît un développement spectaculaire: utilisant des techniques nouvelles il devient possible de réaliser des cartes avec une précision jamais atteinte. Deux pays, la France et la Chine vont ainsi cartographier leur territoire entier. La carte de la France a été réalisée à la demande de Colbert; en Chine la carte a pu être réalisée grâce à un transfert de connaissances depuis la France par des missionnaires jésuites, et parce qu'un contexte politique favorable s'était établi. En retour les connaissances sur la Chine on fait un bon en avant, non sans poser des questions sociales, politiques et religieuses en France. C'est aussi le début d'une grande époque de \textit{sinomania} en Europe. \section*{En France: Colbert, Cassini, l'Observatoire et l'Académie des Sciences} L'Académie des Sciences est créée en 1666, l'Observatoire de Paris en 1667. Le premier directeur de l'observatoire est Jean-Dominique Cassini. Colbert fixe deux priorités aux astronomes: 1) résoudre le problème des longitudes, 2) établir la carte du Royaume. Bien sûr; les deux problèmes sont liés: si on sait mesurer des longitudes (et des latitudes) on saura faire des cartes. \subsection*{Une horloge universelle?} La différence de longitude entre deux lieux se manifeste uniquement par la différences des instants de passage au méridien des astres, comme le soleil par exemple, mesurés sur des horloges synchronisées. Actuellement, nous disposons d'un temps universel (TU) et de moyens de synchroniser des horloges à distance, ce qui n'a été possible que depuis la généralisation de myens de communication presque instantanés: télégraphe et radio. L'heure que nous utilisons dans notre vie quotidienne est définie par un décalage par rapport à ce temps universel. Rien de tel n'existait au \textsc{xvii}\ieme{} et au \textsc{xviii}\ieme{} siècle. L'idée était alors de chercher des événements astronomiques qui s'observent partout au même instant. Parmi eux les phénomènes des satellites de Jupiter présentent l'avantage d'être assez fréquents: ce sont des éclipses quand un des 4 satellites dits \textit{galiléens} (car découverts par Galilée) passe dans le cône d'ombre de la planète et des occultations quand il passe derrière la planète. Si on possède des éphémérides de ces phénomènes, on peut alors caler une horloge sur l'heure, disons de Paris, puis mesurer l'heure de passage au méridien d'astres (étoiles, soleil), comparer avec leur heure de passage au méridien à Paris et en déduire la longitude du lieu d'observation. Si cette méthode est la seule qui permette à cette époque de mesurer la longitude d'un lieu lointain (disons une île qu'on découvre), elle souffre de plusieurs problèmes: il faut que Jupiter soit visible et bien sûr qu'il fasse beau temps; elle est inutilisable sur une bateau et elle n'est pas suffisamment précise pour réaliser la carte d'un pays: les erreurs sont facilement de l'ordre d'une dizaine de kilomètres. \subsection*{La triangulation} C'est une méthode connue depuis longtemps: ce qui est nouveau, c'est l'application de cette méthode à un pays entier. Elle est basée sur une formule de trigonométrie élémentaire: dans un triangle quelconque, d'angles $A$,$B$, $C$ et de cotés $a$, $b$, $c$ (voir la figure \ref{fig:tri1}), on a la relation \begin{displaymath} \frac{a}{\sin A}= \frac{b}{\sin B}= \frac{c}{\sin C}. \end{displaymath} (où on a noté $a$, $b$, $c$ les longueurs des cotés). \begin{figure}[ht]\centering \begin{subfigure}{0.4\linewidth}\centering \includegraphics[height=4cm]{Images/triang} \caption{Relations dans un triangle} \label{fig:tri1} \end{subfigure} %\hfill \begin{subfigure}{0.4\linewidth}\centering \includegraphics[height=4.25cm]{Images/ctrig} \caption{Chaîne de triangles} \label{fig:ctri} \end{subfigure} \caption{Principes de la triangulation} \label{fig:triangulation} \end{figure} Cette formule permet, connaissant $c$, $A$ et $B$ de calculer les longueurs des cotés $a$ et $b$ à condition de disposer de tables des valeurs des fonctions trigonométriques, ce qui est le cas au \textsc{xvii}\ieme{} siècle. On peut aussi, par des calculs simples, connaissant les coordonnées (lattitude et longitude) des extrémités du coté $c$, calculer les coordonnées du sommet opposé. La technique consiste alors à construire de proche en proche des chaînes de triangles (voir la figure \ref{fig:ctri}). La mise en pratique à l'échelle d'un pays entier pose quelques problèmes: 1) le grand nombre de triangles à mesurer et à calculer, 2) l'influence de la sphéricité de la Terre: l'application de la formule ci-dessus à des triangles de 30~kms environ (ce qu'on utilise en pratique) produit à une erreur de 500 mètres environ par triangle, ce qui n'est pas admissible. Il faut utiliser des formules de trigonométrie \textit{sphérique}, moins simples et qui demandent plus de calculs. Notons qu'à l'époque on dispose des précieuses tables de logarithmes: les logarithmes permettent de transformer les multiplications en additions et les divisions en soustractions, ce qui accélère considérablement les calculs. \subsection*{La carte de Cassini} On a commencé par la triangulation le méridien de Paris (figure \ref{fig:triparis}). Ensuite, la triangulation de grandes transversales (figure \ref{fig:transver}) a permis de découper le travail en zones indépendantes. La triangulation de ces zones permettra d'avoir plusieurs mesures pour certains sommets de triangles et d'estimer ainsi les erreurs commises. \begin{figure}[h]\centering \begin{subfigure}{0.45\textwidth}\centering \includegraphics[width=\textwidth]{Images/Méridienne_de_Paris} \caption{Triangulation du méridien de Paris} \label{fig:triparis} \end{subfigure} %\hfill \begin{subfigure}{0.45\textwidth}\centering \includegraphics[width=\textwidth]{Images/1744Cass.jpg} \caption{Les transversales} \label{fig:transver} \end{subfigure} \caption{Réalisation de la carte de Cassini \footnotesize{(BnF, Gallica. Domaine public)} } \label{fig:cartecass} \end{figure}