\documentclass[11pt]{book} \usepackage[ papersize={175mm,270mm}, total={130mm,212mm}, marginparwidth=5mm, %hoffset=-10mm, %showframe=true, showcrop=true, verbose=true, ]{geometry} %\overfullrule 50pt % %\usepackage{mfirstuc}% mettre en majuscule une 1re letter % \usepackage{manyfoot} %\usepackage{fontspec} %\usepackage[fontsize=10]{fontsize} % %\usepackage[cross,b5,center]{crop} \counterwithin{figure}{section} % \usepackage{ebgaramond} \usepackage{unicode-math} \setmathfont{Garamond-Math} \usepackage[export]{adjustbox} \usepackage{wrapfig,subcaption,caption} \usepackage{multicol} \usepackage{boxedminipage} \usepackage[french]{babel} %\frenchsetup{og=«, fg=»} % inutile avec lualatex \usepackage{textcomp}% des symboles? \usepackage{epigraph,csquotes,verse} \usepackage{graphicx} \usepackage{layout} % \usepackage{titlesec} \usepackage{chngcntr}%bidouiller les compteurs \usepackage{upquote} \usepackage{microtype} %\usepackage{xcolor} \usepackage{longtable} \usepackage{booktabs} \usepackage{bookmark} \usepackage{array} \usepackage{calc} \usepackage{soul} \usepackage{multirow} \usepackage{placeins}% pour avoir \FloatBarrier \usepackage{etoolbox} % \usepackage[style=authoryear]{biblatex} %\usepackage{citeall} \addbibresource{} % \usepackage{fancyhdr} %\usepackage{lipsum} % %\usepackage[hydelinks]{hyperref} %\usepackage[para]{footmisc}% mettre les footnotes en ligne \usepackage{cleveref} % \providecommand{\tightlist}{% \setlength{\itemsep}{0pt}\setlength{\parskip}{0pt}} \newcommand{\mysection}[2]{\section*{ #2}} % Pour ajouter du texte aux \part. ! 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Prêtre dominicain, philosophe de renom international, astrologue ce fut un personnage hors du commun qui a suscité des jugements contradictoires: Condamné pour complotisme et par l'inquisition pour hérésie, soumis plusieurs fois à la torture, condamné au bûcher, il simula la folie pour échapper à la peine capitale et passera près de 30 années emprisonné, le plus souvent dans un cachot humide. Il fallait beaucoup de courage à ces hommes pour s'opposer aux dogmes imposés alors par l'église et les universités \section*{Originaire de Calabre, d'une famille pauvre, ordonné prêtre dominicain} Nous allons donc retracer cette destinée exceptionnelle: Il naît en Calabre, au sud de l'Italie \emph{(fig 2}) en septembre 1568 dans le village de Stilo. Cette localité est située sur les pentes du Mont Consolino en face de la mer Ionienne. Sur la place principale de Stilo se dresse aujourd'hui la statue en bronze de Tommaso Campanella dans une attitude de penseur \emph{(fig 3) }inaugurée en 1924. On a restauré sa maison natale \emph{(fig4).} La Calabre faisait alors partie du royaume de Naples, dirigé par un vice roi espagnol qui écrasait le peuple d'impôts pour financer des guerres. Cette province reculée au relief escarpé avait mauvaise réputation car il y sévissait un banditisme endémique. Au XIX\ieme{} siècle elle verra se développer «\emph{La Dranghetta»,}organisation maffieuse toujours active A sa naissance Campanella fut enregistré sous le nom de Giovan Domenico. Plus tard il prendra le prénom de Tommaso en entrant chez les dominicains par admiration pour Thomas d'Aquin et le nom de Campanella, surnom de son arrière grand-père. Sa famille est pauvre: Son père cordonnier, analphabète; sa mère disparut alors qu'il avait 5 ans. Faute de pouvoir payer ses études, il suivait la classe de l'extérieur par la fenêtre. Enfant précoce, il manifesta une soif de savoir qui se maintiendra toute sa vie. En 1582 à l'âge de 14 ans il entre dans un couvent dominicain Calabrais près de Stignano. A l'époque le passage par les ordres religieux était la seule façon pour un garçon de famille pauvre d'accéder à l'instructio, comme ce fut le cas par exemple pour Kepler. Autodidacte, esprit indépendant, devenu hostile aux thèses d'Aristote Il avait été séduit par les sermons d'un dominicain sur Albert le Grand et Thomas d'Aquin qu'il admirait. C'est pourquoi quand il prononça ses vœux il deviendra Frère Tommaso et dès lors portera l'habit dominicain. Il est doté d'une mémoire prodigieuse; Il fréquente alors un médecin hostile à Aristote, partisan des thèses atomistes de Démocrite. Il sera fasciné par le philosophe italien Bernardino Telesio \emph{(fig5}) philosophe de nature panthéiste, lorsqu'il est envoyé au couvent de Cosenza, petite ville de Calabre, repéré sur la carte \emph{(fig2).} Telesio fut enterré en 1588 dans la cathédrale de Cosenza, probablement en présence du dominicain Campanella, alors âgé de 20 ans; Telesio bénéficiait d'une grande réputation: Ses écrits enseignaient que rien n'est inanimé, tout est vie et conscience; esprit et matière se co-pénètrent. La connaissance nous vient par les sens; il faut donc étudier la nature sans a priori, progresser par expérience. Telesio acheva de convaincre Campanella contre les thèses d'Aristote, imposées alors dans toutes les universités d'Europe. Les ouvrages de Telesio furent mis à l'index des livres interdits en 1593 par le Saint Office. Cette attirance de Campanella pour Telesio indisposa ses supérieurs qui l'envoyèrent dans un couvent reculé à Alto Monte, ceci sans résultat:Il poursuivit ses lectures contre Aristote. Il se lia d'amitié avec un jeune rabbin qui l'initia aux sciences occultes, à l'astrologie. C'est lui qui aurait persuadé Campanella qu'un destin exceptionnel l'attendait. En 1589 mal vu par ses supérieurs Campanella part pour Naples et se loge au couvent San Domenico Maggiore. Or avant lui Giordano Bruno son contemporain dont il va croiser le destin avait été moine dans ce couvent qu'il avait quitté en 1576. Dans ce couvent régnait un désordre généralisé: Comportement irrespectueux des pensionnaires, relations avec des prostituées et même passants détroussés, à l'origine de procès et de condamnations aux galères de certains de ces dominicains. Naples capitale du vice royaume d'Espagne était alors une cité pittoresque avec sa baie magnifique, ville surpeuplée de près de 300000 habitants, soit 3 fois plus que Rome ou Florence n'en comptait. Pendant plusieurs années, doué d'une grande puissance de travail Campanella a fréquenté la bibliothèque de l'université de Naples et déjà rédigé plusieurs ouvrages qui se sont perdus. La publication en 1596 de son livre pour défendre la philosophie de Telesio \emph{«Philosophia Sensibus Demonstrata}» de tendance panthéiste inquiéta à nouveau les supérieurs dominicains qui supportaient mal ses provocations verbales. Une dénonciation accusa même Campanella de cacher sous l'ongle de son petit doigt un démon qui lui soufflait son prodigieux savoir. Il fut donc incarcéré en 1592 et passa devant un conseil de discipline: quand on lui demanda: \emph{«Comment fais-tu pour savoir tant de choses sans les} \emph{avoir étudiées?}» Il répondit en imitant Démosthène\emph{: «J'ai consumé plus d'huile pour mes veilles que vous de vin». }On lui intima l'ordre de retourner en Calabre: Mais désobéissant il partit vers le nord, début de sa destinée tragique. Il va passer à Rome, Florence, Bologne avant d'arriver à Padoue. En route il se fit détrousser et voler tous ses manuscrits. En janvier 1593 il loge au couvent San Agostino de Padoue. Il y fut alors accusé de tentative de viol sur la personne du supérieur des dominicains, mais finalement disculpé. Inscrit à l'université de Padoue, étudiant la médecine il survécut en donnant des leçons particulières. Il sollicita du grand duc de Toscane un poste universitaire: Une réponse négative lui fut apportée par Galilée lui-même alors âgé de 29 ans qui venait d'être nommé lecteur à l'université de Padoue. Campanella sera plus tard un admirateur inconditionnel de Galilée. A Padoue en une année on est stupéfié par le travail d'écriture de Campanella\emph{:«Rhetorica Nova}», \emph{«Della Monarchia Dei} \emph{Christiani}\emph{»,«Discorci Del Governo Ecclesiastico» (fig6),} «\emph{Disputationem } \emph{physiologia» (fig7)} et d'autres ouvrages dont la plupart ont été perdus. Toute sa vie Campanella combattra les thèses d'Aristote qu'il avait patiemment étudiées et dont il combattra l'enseignement comme un dogme par l'église et les universités d'Italie. Il était persuadé de l'incompatibilité entre Aristote et le christianisme car écrivait-il Aristote nie que Dieu soit le créateur de toutes choses et que sa providence s'étende au monde d'ici-bas. En plus il soutient que les âmes individuelles sont mortelles.. Campanella n'acceptait pas non plus les conceptions d'Aristote sur l'univers. Il le qualifiait \emph{«d'auteur d'erreurs stupéfiantes, de père des Machiavella et même d'impie». } Tommaso Campanella cherchait des excuses à Thomas d'Aquin qui avait adapté la philosophie d'Aristote à l'église: Il pensait que dans ce monde corrompu par ces thèses, Saint Thomas n'avait pu attaquer Aristote de front et l'avait amadoué en le purgeant de ses erreurs, mais finalement qu'il s'était trompé. Dans tous ses écrits, la critique d'Aristote sera constante. Dans son apologie de Galilée il écrit: \emph{«Ils délirent ceux qui pensent qu'Aristote a établi la vérité en touchant les choses célestes et qu'il n'y a pas à chercher plus avant}». \section*{Premières accusations par l'inquisition} A Padoue Campanella était surveillé par l'inquisition choquée par ses écrits: En janvier 1594 il est arrêté sous plusieurs chefs d'accusation: \begin{itemize} \tightlist \item Avoir écrit un sonnet contre le Christ \item Posséder un livre de géomancie (divination à partir de figures formées par des cailloux jetés sur une surface plane) \item Professer la philosophie atomiste de Démocrite, accusation gravissime \item Enfin avoir discuté des problèmes de la foi avec un rabbin. \end{itemize} Incarcéré il est soumis à deux reprises à la question. Début 1595, il est transféré à Rome dans la prison de l'inquisition où se trouvait depuis 3 ans le philosophe Giordano Bruno qu'il va côtoyer et qui passera sur le bûcher en février 1600, sur la place du marché aux fleurs. Parmi ses autres compagnons de cellule se trouvait Francesco Pucci, philosophe libre penseur avec qui il se lia d'amitié: ce dernier professait un théisme au rite simplifié. Campanella sera très affecté lorsque Pucci sera décapité puis brûlé. en 1597. Torturé une nouvelle fois Campanella sera condamné à une abjuration publique pour hérésie, cérémonie qui se déroula dans l'église Santa Maria Sopro Minerva située au centre de Rome. Ses livres sont interdits. Il est remis entre les mains de son ordre. En 1598 on le relègue en Calabre, à Stilo : Ses supérieurs pensaient le réduire au silence et l'isoler dans ce couvent éloigné. \section*{Campanella fomente alors un complot contre les autorités espagnoles} Mais Campanella va revenir sur le devant de la scène car il fomente un complot contre les autorités espagnoles du vice royaume de Naples. Dans cette province reculée du sud de l'Italie, les impôts, les mauvaises récoltes étaient responsables d'une extrême pauvreté du monde paysan, et de famines. Campanella, après la mort du roi d'Espagne Philippe II voulut provoquer un changement de régime en Calabre. Autorisé à célébrer la messe à Stilo il prêchait avec une persuasion qui le rendit populaire. On le disait habité par les esprits; Des centaines de personnes venaient vers lui. Il se mit alors à faire toute une série de prophéties Il affirmait \emph{«Qu'un peuple sans prophétie est un peuple perdu!»} Il faisait souvent référence aux prophéties de Jérôme Savonarole qui avait été brûlé à Florence un siècle avant lui. Il était persuadé que le Soleil se rapprochait progressivement de la terre. Il prévoyait donc des temps difficiles où pour le citer \emph{«Les étoiles tomberont en pluie, laissant le ciel sans lumière.». «Ensuite après la défaite de l'antéchrist apparaîtra un siècle d'or,\ldots{} où les juifs et les musulmans adhèreront à la foi chrétienne.»} . Campanella se persuada que le pape verrait d'un bon œil un soulèvement en Calabre et la mise en place d'une nouvelle république. Malheureusement pour lui en août 1599 deux conjurés révélèrent ce complot aux autorités espagnoles. Campanella déguisé en paysan essaya de s'enfuir, mais capturé il est incarcéré et transféré avec 156 conjurés enchaînés les uns aux autres à bord de 4 galères jusqu'à Naples pour être emprisonnés au Castel Nuovo, imposante bâtisse, toujours présente \emph{(fig8) } \section*{Incarcération et double jugement: Ecclésiastique et laique} Il sera jugé par deux tribunaux: La première juridiction laïque pour le rôle de Campanella dans ce complot qu'il avait inspirée. Le second tribunal, lui ecclésiastique pour statuer sur ses positions hérétiques. -Sur le plan laïque Campanella exposa que leur rébellion était tout au plus un projet et non un acte. Il y avait été poussé par des prophéties divines. On ne devrait donc pas condamner ceux qui agissent par inspiration prophétique Mais il fut reconnu coupable. -Sur le plan ecclésiastique on retint de nouveaux chefs d'accusation: Campanella aurait déclaré que la liberté sexuelle, sodomie incluse n'était pas un péché; que la religion musulmane vaut celle des chrétiens, qu'il existe trop d'ordres religieux, enfin que le salut éternel peut être obtenu sans le baptême. Au cours de ses procès, comme les autres détenus, Il séjourna dans une fosse humide, obscure dont il sortit malade. Il eut à subir deux séances d'une torture appelée le Polledro: Il était attaché par des cordes que l'on serrait de plus en plus sur une échelle aux barreaux coupants. Campanella crut mourir au cours de ces séances et passa alors de larges aveux. Comme il était relaps, c'est-à-dire retombé dans ses erreurs il devait être abandonné au bras séculier pour être mis à mort sur le bûcher, à moins qu'il soit reconnu fou. En cas de folie avérée le saint office ne voulait pas envoyer en enfer quelqu'un que la folie rendait irresponsable, l'empêcherait d'assumer sa dissidence et de se repentir. Campanella imagina donc de simuler cette folie: En avril 1600 ses gardiens le découvrirent délirant sur une paillasse incendiée dans sa cellule. Quelques mois plus tard, pour en avoir le cœur net le saint office le soumet au supplice de l'estrapade \emph{(fig9)}: comme l'avait subi Savonarole avant lui Campanella les bras ligotés était soulevé par une corde qui tournait sur une poulie fixée au plafond. On le laissait alors brutalement tombé en arrêtant sa chute avant le sol, ce qui provoquait une torsion des bras avec luxation des épaules. Campanella sous la torture continue de tenir des propos incohérents, se met même à chanter. Ses co-détenus interrogés confirment qu'il a perdu la raison. Six mois plus tard, Rome ordonne de lui appliquer une torture inhabituelle, la veglia destinée à vaincre les plus fortes résistances \emph{(fig10)}: En l'empêchant de s'endormir il était attaché sur un siège en bois anguleux qui lui blessait les fesses et les organes génitaux, suffisamment haut pour que ses pieds ne touchent pas terre, les bras fixés tordus en arrière. Campanella ensuite a rapporté: \emph{«le bois me tailladait les fesses, de mes chairs déchirées et de mes parties génitales le sang coulait abondamment jusqu'à ce qu'ils cessent de me torturer au bout de 40 heures, en me laissant à demi mort sur le terrain». }Finalement, Rome le condamne à l'internement à vie dans les prisons de l'inquisition. Entre la vie et la mort, Il mettra 6 mois à récupérer, gardant toute sa vie les cicatrices de ces tortures.\emph{ } Il écrira plus tard pour montrer la prééminence de la volonté, je le cite \emph{«Si en 40 heures de torture un homme est capable de ne pas dire ce qu'il a résolu de taire, les étoiles qui exercent une influence lointaine ne pourront non plus le fléchir}»\emph{ }Emprisonné à Naples en novembre 1599 il ne sera libéré qu'en mai 1626 après 27 ans de captivité auxquels s'ajoutent ses séjours antérieurs en prison, donc près de 30 années. Les six premières années il sera incarcéré dans une fosse humide du castel San Elmo de Naples, dans l'obscurité, les fers aux pieds avec une nourriture misérable. Il envoya grâce à la complaisance de ses gardiens plusieurs suppliques au nonce de Naples: \emph{«Des abîmes souterrains où j'habite je vous supplie de m'aider à sortir de cette antre avant que je n'y meurs \ldots étant depuis 4 ans sous terre avec des fers et sur une paillasse pourrie et trempée»}. C'est à cette époque que Campanella composa la plupart de ses poésies, ce qu'il cessera quand sa détention sera moins dure. On dit qu'il composa parmi les plus beaux poèmes de la poésie italienne, inspirés par la souffrance. Dans ce cachot de Sant Elmo il en vint à désespérer de dieu, en écrivant: \emph{«Si l'on pouvait trouver un autre dieu, j'irai sans aucun doute vers lui pour trouver de l'aide».} Ensuite il sera de nouveau emprisonné au castel novo de Naples, où les conditions seront moins dures: On ne peut qu'être étonné par son extraordinaire volonté de survie. Beaucoup à sa place auraient sombré dans le désespoir. On est également admiratif par le nombre d'ouvrages qu'il va écrire au cachot: Grâce à la complaisance de ses geôliers, il a pu avoir de l'encre, du papier et transmettre ses manuscrits à des amis qui les recopiaient en plusieurs exemplaires et les faisaient circuler. Ses partisans en soudoyant les gardiens lui ont permis d'envoyer et de recevoir du courrier donc de ne pas se couper du monde pendant toutes ces années. Son écriture en captivité que l'on peut voir sur cette page manuscrite est fine, et serrée (\emph{fig11). }Campanella doué d'une mémoire prodigieuse avait assimilé d'innombrables lectures: Il était convaincu d'avoir des lumières sur tous les sujets, aussi bien en théologie, philosophie ou politique. Il a été le premier à revendiquer la liberté de philosopher. Dans son premier tome de «La Theologia», il affirme que: \emph{«La sagesse requière la liberté de l'esprit». . } Un humaniste allemand qui avait assisté à l'exécution de Giordano Bruno en février 1600 conçut de l'admiration pour Campanella et entra en correspondance avec lui. Campanella lui envoya plusieurs copies de ses manuscrits qu'il fit circuler en Allemagne. Il obtint un adoucissement de ses conditions de détention après 1608, ce qui lui permettra d'écrire plus librement. Curieusement, malgré une hostilité constante envers les protestants, Campanella confie\-ra à un luthérien allemand, Tobias Adami des manuscrits pour leur publication en Allemagne où furent édités entre 1616 et 1623 cinq de ses ouvrages: \emph{«la monarchie d'Espagne»} livre de Campanella diffusé dans toute l'Europe , \emph{«De sensu rerum et Magia»} (fig12), \emph{«Philosophia Epilogistica»}, \emph{«Metaphysica»}, \emph{«Astrologicum Librum}» et enfin \emph{«l'apologie \emph{de Galilée}»} parue en 1623 dont nous reparlerons \emph{(fig13}). En 1602, à l'âge de 34 ans, incarcéré, il rédige en latin sous forme d'un dialogue, «\emph{La civita solis}» \emph{(fig14}) que j'ai pu me procurer, traduite en français en 1840 (\emph{La cité du soleil}): œuvre utopiste dans la lignée de Thomas More, dans laquelle il s'évade de sa prison vers une société idéale qu'il a imaginée: C'est une ville religieuse, armature indispensable à toute communauté humaine, facile à défendre, constituée de 7 cercles concentriques portant le nom des planètes \emph{(fig15}). Il exalte la vie communautaire, abolit la notion de propriété privée source de toutes les tensions. Il n'existe pas de charge ni d'honneur héréditaire. L'instruction y est librement ouverte à tous, donc c'est une attaque de Campanella contre le système social inégalitaire de l'époque. On comprend que ce livre ait pu être considéré au XIX\ieme{} siècle comme un message révolutionnaire: La condamnation de l'exploitation de l'homme par l'homme. Parmi les aspects les plus discutables de ce livre figure l'eugénisme: Il s'agit d'obtenir des enfants réussis à tous égards, qu'on élèvera sans leurs parents.. En 1607, toujours incarcéré il écrit \emph{«Atheismus Triomphatus}» (\emph{fig16),} défense du christianisme contre Machiavel: En effet toute sa vie Campanella s'est opposé à Machiavel. Il le qualifiait d'impie, de diabolique écrivant que ses écrits étaient: \emph{«Le scandale, la ruine, le poison et le feu du siècle».} \emph{ }En 1613 il commence sa \emph{«Theologia}» œuvre immense qui comportera 30 volumes et ne sera éditée qu'au XIX\ieme{} siècle ou il expose la dogmatique chrétienne, dans une perspective qui lui est propre.. Avec Galilée Campanella a eu des relations d'admiration: Il avait eu l'occasion de le rencontrer à Padoue en 1593. En 1611 il écrit à Galilée pour le féliciter de ses découvertes et la publication du \emph{«messager céleste».} Il écrira plusieurs fois à Galilée qui ne lui répondit jamais pour ne pas se compromettre. Ainsi, dans une lettre écrite en 1614 Campanella commence par un compliment resté célèbre: \emph{«Véritablement on ne peut plus philosopher sans un système du monde vrai que nous attendons de vous}». Pourtant Campanella n'a jamais adhéré à l'héliocentrisme, car selon lui la théorie de Copernic contredisait les conceptions de son maître Telesio qui lui croyait à une terre animée de sensations et placée par la volonté divine au centre du cosmos. Campanella était persuadé que l'astronomie devait rester au service de l'astrologie. Autodidacte manquant de formation scientifique, Campanella n'a pas compris l'importance des mathématiques, des lois physiques de la nature peut-être en raison de son isolement. Comme Giordano Bruno il affirmait la possibilité d'une pluralité des mondes habités. Durant cette interminable incarcération Campanella à de nombreuses reprises a plaidé pour sa libération en s'adressant aux ecclésiastiques et au pape: Il leur écrivait qu'il était un défenseur de l'église sans les convaincre: En effet en plus de la condamnation des thèses d'Aristote, Campanella avait mis en doute la virginité de Marie, la divinité de Jésus, l'existence des miracles et la nature du péché. En 1623 le cardinal Barberini est élu pape sous le nom d'Urbain VIII, ami de Galilée qu'il protègera \emph{(fig17}): Campanella multiplie alors ses requêtes pour une libération. Finalement en 1626 on le transfert de Naples à Rome par bateau, enchaîné déguisé en prêtre séculier sous un faux nom dans la prison de l'inquisition. L'année suivante Campanella rédige des commentaires élogieux sur les poésies d'Urbain VIII en le flattant. Le pape qui connaissait la réputation de Campanella en astrologie, était terrorisé car on lui avait prédit une mort brutale à l'occasion de l'éclipse de Lune de 1628 ou de l'éclipse du Soleil l'année suivante. Il avait même édicté une bulle interdisant de prédire la mort du pape. Campanella lui parut être le seul capable d'influencer les astres .Urbain VIII voulut le consulter et lui demanda de garder secrète cette rencontre. Or Campanella venait de rédiger un traité sur la manière de conjurer les menaces astrales. Il avait fait publier à Lyon puis à Francfort les six livres de son \emph{«Astrologia}». Il était convaincu du bien fondé de la magie et de l'astrologie; l'une liée à l'autre. Il distinguait la magie naturelle et la magie surnaturelle. Pour les astrologues de l'époque, les planètes président à la naissance et orientent le destin des hommes. Pourtant Thomas d'Aquin et l'église affirmaient le libre arbitre de l'homme dont la volonté permettait d'échapper aux influences astrales. Afin de conjurer le sort funeste prévu pour Urbain VIII, Campanella était conduit chaque jour à la tombée de la nuit dans les appartements du pape: Il s'enfermait avec lui dans sa chambre qui devait être protégée de tout poison de l'air extérieur. Tous deux s'habillaient de blanc et priaient. La chambre était tendue de soie blanche sur laquelle se détachaient les signes du zodiaque. L'air était rempli de vinaigre additionné de roses; la lumière dispensée par 5 flambeaux symbolisant les 5 planètes. Grace à Campanella, contrairement aux prédictions, Urbain VIII survécut jusqu'en 1644. \section*{Campanella libéré en 1629 par le pape Urbain VIII et transféré en France} Il le fit libérer en avril 1629 après cette longue incarcération: Il était alors célèbre dans toute l'Europe. Il avait observé que le pape Urbain VIII penchait vers la France par antipathie pour l'Espagne, trop puissante en Italie. Campanella en bon politique voyait la France comme la seule capable de réunir les chrétiens. Il composa une oraison en l'honneur du roi Louis XIII et de Richelieu. C'est à cette époque en 1631 que le peintre calabrais Francesco Cozza également originaire de Stilo réalisa un portrait de Campanella qui avait alors 63 ans, certainement proche de la réalité, avec des cicatrices, de grosses verrues et un regard sombre (\emph{fig 18)(Collection privée)} On pensesans en avoir de preuve qu'entre 1629 et 1634 à Rome ou il séjournait, Campanella aurait rencontré Nicolas Poussin: Son livre \emph{«La cité du soleil}» aurait inspiré à Poussin 3 tableaux, notamment\emph{« La naissance de Bacchus«} \emph{et «Apollon amoureux de Daphné}.» A Rome Campanella fréquenta deux érudits français Gabriel Naudé, lui-même médecin, ami de Mazarin et Jacques Gaffarel, prêtre théologien qui lui trouvaient, selon eux \emph{«une acuité et une splendeur d'esprit quasi divin}es». Ils le mirent en relation épistolaire avec deux savants, l'abbé Pierre Gassendi et le père Mersenne. L'ambassadeur de France François de Noailles organisa son départ secret de Rome vers la France, déguisé, sous un faux nom avec l'accord de Richelieu. Campanella séjourna alors à Lyon où plusieurs de ses ouvrages avaient été imprimés, notamment sa \emph{«Medicina}» avant d'arriver à Paris en décembre 1634. Mazarin à l'époque légat extraordinaire du pape en France reçut alors la consigne de Rome de discréditer Campanella et de le surveiller. Selon les autorités romaines Il fallait redouter, je les cite: «\emph{les nouveautés doctrinale de Campanella susceptibles d'être bien accueillies par de nombreux Français au cerveau instable». }Mais preuve de sa notoriété, Campanella fut reçu par Richelieu féru lui aussi d'astrologie qu'il reverra à plusieurs reprises et lui demandera des conseils sur la situation politique en Italie, dans le contexte de la guerre de trente ans. Richelieu le fit loger au couvent des dominicains du Faubourg Saint Honoré où il finira ses jours. En février 1635 il fut reçu à la cour et présenté au roi Louis XIII évènement parisien: Le roi par respect pour les souffrances qu'il avait endurées resta debout et l'embrassa par deux fois en ajoutant, je le cite: \emph{«je le reçois en ma protectionet je ne le ferai manquer de rien}», en lui accordant une\emph{ }rente généreuse de 3 000 livres. Par la suite Campanella aura accès à la bibliothèque de Richelieu. Reçu chaleureusement, il fréquenta de nombreux cercles et fut même accueilli à la Sorbonne, faculté de théologie de l'époque. Or Campanella n'avait pas la pratique de la langue française: On critiqua ses propos fantaisistes et ses excès de langage. Ainsi le doyen de la faculté de médecine Guy Patin. qui s'était illustré en refusant la démonstration de la circulation sanguine par l'anglais William Harvey, affirma je le cite: \emph{«Il sait beaucoup de choses, mais superficiellement». }De ses entretiens avec Campanella le père Mersenne conclut péjorativement: «\emph{J'ai appris qu'il ne nous apprendra rien dans les sciences, il a une imagination fertile mais il ne sait même pas ce que c'est qu'une octave}». Il pensait que la lecture de Campanella pouvait même conduire à l'athéisme. Descartes depuis la Hollande écrivit à Mersenne: \emph{«Ce que j'ai vu autrefois de Campanella ne me permet pas de rien espérer de bon de son livre la Métaphysica». } Il eut aussi des rapports tendus avec Gassendi sur les thèses atomistes que refusait Campanella. Même Gabriel Naudé son défenseur à Rome se mit à le critiquer en écrivant à Nicolas de Peiresc, lui-même astronome, qui avait aidé financièrement Campanella : \emph{«Il ment effrontément, il débite des bagatelles à la populace. Avec tout cela c'est un fol enragé, un imposteur et un menteur». }A Paris, Campanella fit publier plusieurs ouvrages notamment \emph{«sa Metaphysica}». Il concevait la métaphysique comme la discipline qui saisit la nature profonde des choses derrière les apparences. Richelieu versé dans l'occultisme, intéressé par la réputation de Campanella pour les arts divinatoires le sollicita avec l'accord de la reine de France, Anne d'Autriche pour établir un horoscope \emph{(fig 19}) après la naissance du futur roi Louis XIV en septembre 1638. Campanella reçu à la cour examina l'enfant tout nu et quelques jours plus tard rédigea en latin son verdict qui nous est connu: \emph{«Cet enfant sera luxurieux, comme Henri IV et il sera très orgueilleux. Il régnera longtemps et rudement mais avec bonheur. Sa fin sera misérable et il y aura alors grande confusion dans la religion et dans l'état». } Campanella vieillissant, souffrait de nombreux maux et redoutait l'éclipse du Soleil prédite en juin 1639. Il mourut quelques semaines plus tôt au couvent des dominicains le 21 mai 1639 où il fut enterré. Ce couvent du Faubourg Saint Honoré sera détruit pendant la révolution et la tombe de Campanella disparut alors. Contemporain de Giordano Bruno et de Galilée, Tommaso Campanella fut un personnage hors normes dont la vie fut romanesque. Il persiste des zones d'ombres dans ce personnage provocateur aux facettes originales. On reste stupéfait par ses nombreux écrits, quelques 30 000 pages de texte manuscrites. On ne peut qu'admirer le courage, l'acharnement à survivre dont il a fait preuve pendant près de 30 années d'emprisonnement et de souffrances. Tommaso Campanella fut oublié en Europe après le \textsc{xvii}\ieme{} siècle: On va le redécouvrir à la fin du \textsc{xix}\ieme{} siècle avec son livre \emph{«la Cité du Soleil}» aux intonations révolutionnaires marxistes, un communisme épris de justice sociale réunissant tous les peuples de la terre dans un seul troupeau. Avant de mourir, Campanella un des derniers millénaristes selon Jean Delumeau qui l'a étudié, avait écrit de façon prophétique\emph{: «Le siècle futur jugera de nous, car le présent crucifie toujours ses bienfaiteurs; mais ils ressuscitent ensuite au troisi\ieme{} jour ou au troisième siècle» } %\emph{\textbf{Quelques références bibliographiques:}} % \begin{itemize} % \tightlist % \item % Léon Blanchet: Campanella; Paris, Felix Alcan, 1920 % \end{itemize} % \begin{itemize} % \tightlist % \item % Michel-Pierre Lerner: Tommaso Campanella juge d'Aristote; Colloque % de Tours, 1976 % \end{itemize} % \begin{itemize} % \tightlist % \item % Louise Colet: Thomas Campanella; % Ressouvenances édit.1998 % \end{itemize} % \begin{itemize} % \tightlist % \item % Jean Delumeau: Le mystère Campanella; Fayard édit. 2008 % \end{itemize} \section*{Bibliographie} \input{nocite} \printbibliography[heading=none] \input{figures} \input{images} \FloatBarrier \end{refsection} %@@fin \tableofcontents \end{document}