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  117. \input{titre}\label{f4ff156aa4b3bac5b394b1af6d3845bfcf1f0bb8}
  118. \textbf{Les ports cellulaires (uniports, antiports \& symports)}
  119. \emph{\textbf{Michel Lagarde}}
  120. \textbf{Introduction.}
  121. Les cellules vivantes (animales et végétales) sont les éléments de
  122. base de différents organes, eux-mêmes constituants des organismes
  123. animaux ou végétaux. Ces éléments de base que sont les cellules sont
  124. séparés entre eux, aussi bien que de l'extérieur des organes, par des
  125. membranes qui sont majoritairement constituées de lipides (molécules
  126. majoritairement hydrophobes). Au-delà de ces membranes séparatrices de
  127. cellules et organes, appelées membranes plasmiques, d'autres membranes
  128. entourent les organites intra-cellulaires comme le noyau, les
  129. mitochondries et constituent aussi l'essentiel du réticulum
  130. endoplasmique, ainsi que l'Appareil de Golgi (Figure 1). Toutes ces
  131. membranes ont en commun d'être essentiellement lipidiques pour «faire
  132. frontière» avec le milieu aqueux, extra- et intra-cellulaire.
  133. L'article ci-dessous s'attachera aux membranes animales, évitant la
  134. complexité qui existe chez les cellules végétales où la membrane
  135. plasmique est doublée d'une paroi cellulosique, de nature complètement
  136. différente puisque constituée essentiellement de cellulose, un
  137. polymère de β-glucose hydrophile.
  138. \includegraphics[width=5.65743in,height=4.24494in,alt={mybiologie: Procaryote ou eucaryote}]{lagarde-media/media/image1.png}
  139. \textbf{Figure 1.} Ce schéma de cellule animale met en évidence la
  140. membrane plasmique (appelée ici membrane cellulaire) qui sépare les
  141. cellules d'un même organe et d'un organe à l'autre. Les milieux
  142. extracellulaire et intracellulaire sont essentiellement aqueux, donc
  143. polaires ou hydrophiles, alors que les membranes sont essentiellement
  144. lipidiques, donc hydrophobes. On voit aussi des membranes qui
  145. entourent les organites intracellulaires, tels que noyau et
  146. mitochondries (dont il sera question en fin d'article)
  147. Les ports cellulaires sont des entités protéiques, essentiellement
  148. présents dans les membranes plasmiques, pour contrôler le passage de
  149. molécules hydrophiles de part et d'autre de ces membranes hydrophobes.
  150. Le terme de «port» indique la fonction de contrôle (de l'extérieur
  151. vers l'intérieur de la cellule ou l'inverse) qu'exerce un «canal»
  152. protéique, terme générique pour ces échanges (extérieur/intérieur)
  153. plus ou moins contrôlés. Ainsi, on distinguera les uniports,
  154. permettant le passage d'un seul type de molécule, les antiports,
  155. contrôlant le passage inverse et concomitant de deux molécules
  156. différentes et, les symports, facilitant le passage simultané dans la
  157. même direction de deux molécules différentes (Figure 2).
  158. \includegraphics[width=4.25595in,height=2.76646in,alt={Active Transport - GeeksforGeeks}]{lagarde-media/media/image2.png}
  159. \textbf{Figure 2.} Ce schéma montre les trois types de ports
  160. cellulaires qui seront présentés, avec un exemple moléculaire pour
  161. chacun. Ces ports sont des protéines plus ou moins complexes, qui sont
  162. insérées dans la bicouche lipidique représentée en couleur
  163. bleu-claire. Comme pour toute membrane cellulaire, la partie
  164. hydrophile d'une monocouche lipidique est représentée par un cercle ou
  165. sphère portant deux chaînes lipidiques (très hydrophobes), permettant
  166. l'assemblage des deux couches en un ensemble «séparateur» de milieux
  167. aqueux ou hydrophiles.
  168. \textbf{Exemple d'uniport pour le glucose.}
  169. Le glucose est une petite molécule (poids moléculaire: 180) très
  170. hydrophile puisque sa structure «simplifiée» correspond à six
  171. carbones oxygénés, dont cinq sous forme d'alcool (Figure 3).
  172. \includegraphics[width=1.59524in,height=1.58606in,alt={The Role of Glucose in Energy Production \textbar{} The Science Blog}]{lagarde-media/media/image3.png}
  173. \textbf{Figure 3.} Représentation chimique d'une molécule de glucose.
  174. Sa forme circulante principale est cyclique (α- et β-glucose) la forme
  175. β étant majoritaire. Ses nombreux groupements alcools (-OH) le rendent
  176. très hydrophile.
  177. Le glucose est le nutriment majeur des cellules animales, leur
  178. permettant notamment d'obtenir leur énergie de fonctionnement (sous
  179. forme d'adénosine triphosphate: ATP) au cours de sa dégradation.
  180. Plusieurs types de ports ont été caractérisés pour l'entrée du glucose
  181. dans les cellules animales, avec quelques différences de structure
  182. et/ou de fonctionnement selon l'organe concerné. Sur les douze
  183. transporteurs de glucose (GLUT/\emph{glucose transporter}) recensés,
  184. le transporteur 4 ou GLUT4 sera pris comme exemple ci-dessous, en
  185. raison de sa grand importance énergétique (présence dans les tissus
  186. adipeux et musculaires) et de sa sensibilité à l'insuline, hormone
  187. majeure du contrôle glycémique (la glycémie représentant le taux
  188. sanguin de glucose, avec l'hyperglycémie comme marqueur circulant du
  189. diabète). La figure 4 schématise l'entrée cellulaire du glucose
  190. \emph{via} GLUT4, uniport régulé par l'insuline. Cette régulation par
  191. l'insuline a lieu \emph{via} un récepteur spécifique, inopérant dans
  192. les cellules pathologiques (qui n'y répondent pas ou mal) ce qui
  193. caractérise le diabète de type-2. Le diabète de type-2 correspond à
  194. environ 90\% du syndrome diabétique chez l'Homme. Chez les diabétiques
  195. de type-1, le GLUT4 fonctionne normalement (sensibilité normale à
  196. l'insuline), mais la production pancréatique de cette hormone est
  197. anormale, voire absente.
  198. \includegraphics[width=3.13072in,height=2.2873in,alt={Diabète non insulino-dépendant, diabète de type 2, DNID : symptômes, traitement, définition - docteurclic.com}]{lagarde-media/media/image4.jpeg}
  199. \textbf{Figure 4.} Ce schéma montre deux cellules, l'une normale (en
  200. haut) répond à l'insuline (sécrétée par le pancréas) et l'autre
  201. anormale (en bas) ne répond pas à l'insuline (diabète de type-2),
  202. pourtant bien sécrétée par le pancréas. Cette absence de réponse à
  203. l'insuline, due à un défaut de son récepteur (non explicité ici), se
  204. traduit par l'absence d'ancrage du GLUT4 dans la membrane, à l'inverse
  205. de la situation normale (en haut).
  206. \textbf{Exemple d'antiport: échange potassium/sodium.}
  207. L'ion potassium (K\textbf{\textsuperscript{+}}) est majoritaire dans
  208. les cellules animales, comparativement au plasma sanguin, situation
  209. inverse de celle de l'ion sodium (Na\textbf{\textsuperscript{+}}).
  210. Pour éviter la sortie de K\textbf{\textsuperscript{+}} de la cellule
  211. au profit de l'entrée du Na\textbf{\textsuperscript{+}}, en réponse à
  212. leur différence de concentrations de part et d'autre de la membrane,
  213. un antiport permet l'entrée permanente du premier et la sortie
  214. concomitante du deuxième. Cet antiport est aussi appelé
  215. Na\textbf{\textsuperscript{+}}/K\textbf{\textsuperscript{+}} ATPase ou
  216. pompe Na\textbf{\textsuperscript{+}}/K\textbf{\textsuperscript{+}},
  217. car cette entrée et sortie concomitante est permise grâce à l'énergie
  218. associée à l'hydrolyse d'ATP par l'enzyme de dégradation ATPase. Pour
  219. des raisons de tailles relatives des ions
  220. K\textbf{\textsuperscript{+}} et Na\textbf{\textsuperscript{+}}, deux
  221. ions K\textbf{\textsuperscript{+}} entrent dans la cellule en même
  222. temps que trois ions Na\textbf{\textsuperscript{+}} en sortent. La
  223. liaison de Na\textsuperscript{+} et K\textsuperscript{+} à l'antiport,
  224. se fait aussi par des liaisons différentes (Figure 5).
  225. \includegraphics[width=4.625in,height=2.59596in,alt={Mécanismes énergétiques liés au fonctionnement de la pompe Na+-K+ - Annale corrigée, ancien programme \textbar{} Annabac}]{lagarde-media/media/image5.png}
  226. \textbf{Figure 5.} Schéma de l'antiport
  227. Na\textbf{\textsuperscript{+}}/K\textbf{\textsuperscript{+}}, ancré
  228. dans une membrane plasmique, permettant l'échange de 3 atomes de
  229. sodium (Na\textsuperscript{+}) avec 2 atomes de potassium
  230. (K\textsuperscript{+}), chacun étant représenté sous forme ionique
  231. (perte d'un électron), forme normale permettant l'association avec un
  232. atome ionisé négatif comme le chlore (Cl\textbf{\textsuperscript{-}}),
  233. comme dans le sel (NaCl) par exemple. La figure montre clairement que
  234. l'échange Na\textsuperscript{+}/K\textsuperscript{+}, \emph{via} des
  235. sites de liaison différents sur l'antiport, est permis grâce à
  236. l'énergie associée à l'hydrolyse de l'ATP en ADP + Pi (phosphate
  237. inorganique). L'encart droit de la figure donne de plus l'exemple des
  238. concentrations normales des deux ions (facteur 10 entre elles) et en
  239. réponse à l'inhibition de l'hydrolyse de l'ATP (en présence de
  240. digitaline par exemple), où ce facteur 10 entre les concentrations est
  241. presque annulé.
  242. \textbf{Exemple de symport pour l'entrée cérébrale d'un acide gras
  243. essentiel (DHA).}
  244. Le cerveau est un organe très chargé en lipides, le deuxième le plus
  245. lipidique après le tissu adipeux, l'adipocyte étant le lieu de
  246. stockage des lipides pour leur utilisation énergétique ultérieure.
  247. Contrairement au tissu adipeux, les lipides cérébraux ne sont pas
  248. utilisés comme réserve énergétique, mais comme éléments fonctionnels.
  249. Parmi ces lipides, un composant majoritaire (à l'inverse de tous les
  250. autres organes) est l'acide docosahexaénoïque (22 carbones avec 6
  251. double liaisons) ou DHA (\emph{docosahexaenoic acid}), qui est
  252. particulièrement important pour le fonctionnement neuronal. Son entrée
  253. dans le cerveau à partir de la circulation sanguine a lieu au niveau
  254. de ce qu'il est convenu d'appeler la barrière hémato-encéphalique/BHE
  255. ou hémato-méningée, ce nom de «barrière» indiquant la présence de
  256. «jonctions serrées» dans les capillaires sanguins cérébraux. Cette
  257. entrée très contrôlée est une caractéristique du cerveau qui se
  258. protège de toute molécule non requise. Le passage du DHA est facilité
  259. par un symport qui le fait passer sous forme d'ester polaire (appelé
  260. Lyso-phosphatidyl-choline-DHA ou LPC-DHA, schématisé sur la figure 6)
  261. en même temps qu'un ion sodium (Na\textsuperscript{+}). La figure 7
  262. schématise le fonctionnement de ce symport.
  263. \includegraphics[width=1.79742in,height=1.79742in]{lagarde-media/media/image6.png}
  264. \includegraphics[width=4.37143in,height=2.31003in,alt={Mfsd2a: A Physiologically Important Lysolipid Transporter in the Brain and Eye \textbar{} SpringerLink}]{lagarde-media/media/image7.png}
  265. \textbf{Figure 6} (à gauche). Représentation chimique en deux
  266. dimensions du DHA (chaîne polyinsaturée avec 6 double liaisons),
  267. couplé (estérifié) à la partie polaire de glycéro-phospho-choline,
  268. contenant les atomes polaires d'oxygène, ainsi que de phosphore et
  269. d'azote, respectivement chargés négativement (phosphate) et
  270. positivement (amine quaternaire). Le nom abrévié de l'ensemble est:
  271. LPC-DHA.
  272. \textbf{Figure 7} (à droite). Schéma du symport (représenté par un
  273. ensemble protéique à deux entités de couleur jaune), changeant de
  274. forme pour permettre le passage simultané de LPC-DHA (LPC sur la
  275. figure) et d'un ion sodium (Na+) du milieu extracellulaire au
  276. cytoplasme pour le sodium et à la couche interne membranaire pour LPC.
  277. LPC se trouve ainsi intégré à la membrane interne où il subit quelques
  278. modifications chimiques avant d'être intégré à différentes parties
  279. cérébrales (partie fonctionnelle ultérieure non décrite ici).
  280. \textbf{Autres canaux membranaires importants.}
  281. Comme mentionné en introduction, d'autres «canaux» cellulaires sont
  282. présents pour l'entrée ou la sortie d'éléments indispensables au
  283. fonctionnement de la plupart des cellules. On peut citer les canaux
  284. calciques, souvent voltage-dépendants, présents dans les cellules
  285. animales pour accompagner ou déclencher leur activation.
  286. On peut également citer des canaux nucléaires, ou pores appelés
  287. nucléoporines, permettant à l'ARNm (acide ribonucléique messager),
  288. synthétisé à l'intérieur du noyau en copie de l'ADN (phase appelée
  289. transcription), de passer du noyau au cytoplasme. Cet ARNm, devenu
  290. cytoplasmique, peut alors être traduit en protéine (phase de
  291. traduction).
  292. Un troisième exemple caractéristique peut être cité avec le
  293. transporteur protéique du
  294. pyruvate/CH\textsubscript{3}-CO-COO\textsuperscript{-}, (produit à
  295. partir du glucose dans le cytoplasme selon 1 glucose → 2 pyruvates).
  296. Ce transporteur protéique permet au pyruvate d'entrer dans la
  297. mitochondrie pour y être dégradé en H\textsubscript{2}O et
  298. CO\textsubscript{2} et former l'ATP, la source énergétique des
  299. cellules. Cette dégradation intra-mitochondriale est énergétiquement
  300. la plus importante pour la formation d'ATP cellulaire.
  301. \textbf{Conclusion.}
  302. Cet article «résume» un processus biologique très important qui
  303. correspond aux échanges entre cellules d'un même organe et entre les
  304. différents organes rassemblant ces cellules. Ces échanges entre
  305. milieux aqueux, ayant lieu au niveau des membranes cellulaires,
  306. essentiellement lipidiques, sont permis grâce à des «canaux»
  307. protéiques ancrés dans les membranes. Ces «canaux» sont presque
  308. aussi nombreux que les entités hydrophiles qui traversent ces
  309. membranes. Beaucoup de ces canaux sont très contrôlés, ce qui leur a
  310. donné le terme de «ports» membranaires. Les trois exemples
  311. d'uniport, antiport et symport présentés, illustrent bien la
  312. complexité biologique associée à la physiologie cellulaire, voire à sa
  313. physiopathologie.
  314. \FloatBarrier
  315. \end{refsection}
  316. %@@fin
  317. \tableofcontents
  318. \end{document}