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- \input{titre} \section*{Chimère antique}
- Parmi tous les monstres que nous a transmis la mythologie grecque,
- Chimère n'est pas la plus connue. Elle arrive bien derrière la
- Sphinge, le Minotaure ou les Centaures.
- Or, à plusieurs égards, Chimère est un être mythique hors norme, tout
- comme l'histoire même du mot en français\footnote{Approche
- essentiellement iconographique dans Moretti 2003.Voir aussi Roes
- 1934; \hl{Amandry 1948}.}.
- Par son nom d'abord, purement animal ---elle est la seule dans ce
- cas. Χίμαιρα désigne une jeune chèvre d'un an, ayant mis bas pour la
- première fois à la sortie de l'hiver, χεῖμα, «la saison du mauvais
- temps, l'hiver», dans le vocabulaire poétique, χειμών en prose.
- Sa généalogie, nous la connaissons par un unique vers
- d'Hésiode\footnote{Hésiode \emph{Théogonie} 319: «Elle {[}Echidna{]}
- enfantait aussi Chimère, qui souffle un feu invincible, Chimère,
- terrible autant que grande».}. Elle est la fille de Typhon et
- d'Échidna, Vipère. Elle a comme frère et sœur Cerbère et l'Hydre de
- Lerne et comme demi-sœur la Sphinge et demi-frère le Lion de
- Némée\st{.}
- \textbf{\hl{fig.}1} L'aspect physique de Chimère est une autre
- spécificité. Les monstres de la mythologie grecque sont le plus
- souvent construits à partir de deux éléments inconciliables dans la
- nature: le Centaure, homme et cheval ou les Sirènes, femmes et
- oiseaux\footnote{Catalogue des représentations de Chimère in Jacquemin
- A., \emph{LIMC}, \emph{s. v.} «Chimaira».}\st{.}
- Chimère est triple\footnote{Homère, \emph{Iliade} VI, 179-180 «Elle
- était de race non point humaine, mais divine: lion par devant,
- serpent par derrière, et chèvre au milieu».}: un corps de lion
- reconnaissable à sa crinière et à sa musculature, portant au milieu du
- dos un avant train de chèvre et, à l'arrière, une queue de serpent
- pourvue d'une tête. Le lien entre le corps de lion et l'avant-train de
- chèvre, moins «naturel» si l'on peut dire, que, par exemple, le
- torse d'homme et le corps de cheval pour le centaure, a du reste posé
- problème aux Anciens. La queue fait aussi difficulté. Elle est nommée
- δράκων en grec, \emph{draco} en latin, que l'on traduit souvent par
- «dragon». Mais le mot grec, δράκων a les deux sens de «serpent» et
- de «dragon». C'est le mot qu'utilise Homère, dans l'\emph{Iliade}.
- Hésiode emploie ainsi dans le même vers deux mots, ὄφις «serpent» et
- δράκων, En latin, Ovide utilise \emph{serpens}, tandis qu'Hygin
- emploie \emph{draco}\footnote{Ovide, \emph{Métamorphoses} IX, 649;
- Hygin, \emph{Fables} 57.}.
- Les monstres tripartites sont rarissimes, et l'une des composantes
- apparaît souvent comme secondaire: les ailes de la Sphinge à corps de
- lion, torse et tête de femme et ailes de rapace. Mais chez Chimère les
- trois composants sont d'égale importance: la statue dite Chimère
- d'Arezzo le montre bien. \textbf{\hl{fig.}2}
- Ces éléments constitutifs ne sont pas eux-mêmes absolument fixés.
- Euripide évoque une «lionne cracheuse de feu»; le poète Ovide lui
- donne une gueule de lionne. Le scholiaste d'Homère parle d'un devant
- de lion et, dans la même phrase, d'une tête de lionne\footnote{Euripide,
- \emph{Electre}, 473; \emph{Scholie à Iliade} 6 181b; Ovide,
- \emph{Métamorphoses} IX, 649.}. Un vase à figures rouges d'Apulie
- montre des mamelles sur la partie centrale de l'animal, mais garde la
- crinière du mâle \textbf{\hl{fig.}3}. Deux mamelles sont aussi
- visibles sur Chimère qu'affronte Bellérophon sur le «Relief
- Jacobsthal» \textbf{\hl{fig.}4} et \textbf{\hl{fig.}5} sur la
- mosaïque romaine du Musée Rolin d'Autun. S'il est difficile de donner
- un sexe au serpent, la troisième composante est nécessairement
- femelle, du fait du nom même de Chimère: le bouc en grec se dit
- τράγος.
- Mais il y a plus. On s'attend en effet à ce que, des trois animaux,
- deux soient particulièrement dangereux, le lion ou le serpent. Or
- c'est la chevrette qui est la plus redoutable. Dans les six cas que
- nous connaissons où Chimère est représentée crachant le feu, ce feu
- est craché par le lion une fois, la chèvre quatre fois, les trois
- têtes en même temps une fois: la chèvre l'emporte donc.
- Les circonstances de la naissance de Chimère sont inconnues. Ce que
- dit le mythe, c'est qu'elle vécut protégée d'Amisodarès roi de Carie
- (au sud-ouest de la Turquie actuelle), dans une grotte proche de la
- cité de Patara, en Lycie, une région frontalière de la Carie. Elle
- ravageait les terres et terrorisait les habitants de Lycie. Le roi de
- Lycie, Iobatès, pour se débarrasser de Chimère, aurait fait appel au
- héros Bellérophon, monté sur le cheval ailé Pégase. Bellérophon aurait
- tué Chimère soit, se tenant à distance, en la criblant de flèches,
- soit --- version la plus souvent représentée --- en enfonçant dans
- cette même gueule une lance pourvue d'une pointe en plomb qui aurait
- fondu et aurait étouffé la bête\footnote{Voir par ex. Lysias, fragment
- 439: «\textbf{}Quand il eut attrapé Chimère, il attacha un plomb à
- sa lance et l'enfonça dans sa bouche brûlante, où le
- plomb, ayant allumé le feu, la tua»; Pseudo Apollodore,
- \emph{Bibliothèque} 2, 30, «Il s'éleva dans les
- airs et, d'en haut, il abattit Chimère à coups de
- flèches»; Athénée, \emph{Deipnosophistes} 11, 97, 19.}.
- La dernière particularité notable de Chimère est qu'elle est la
- dernière des monstres de la génération qui précéda le triomphe des
- dieux olympiens à disparaître. Après elle, les puissances divines
- prennent forme humaine.
- \section*{Interprétations anciennes}
- Dès l'Antiquité, les tentatives pour expliquer le mythe, pour le
- rationaliser, n'ont pas manqué. Ces tentatives suivent un nombre de
- directions limité.
- Le paradoxographe Palaiphatos (\textsc{iv}\ieme{} s. av.
- J.-C.) raconte que dans le royaume d'Amisodarès se trouvait une haute
- montagne, Chimère, qui possédait une grotte d'où sortait des flammes.
- Un flanc était habité par un lion, l'autre par un serpent. En
- utilisant ce feu, Bellérophon, un pirate capitaine du navire Pégase,
- tua les deux bêtes sauvages\footnote{Palaiphatos, S\emph{ur les récits
- qu'on ne peut croire}, 28.}.
- Le philosophe Plutarque (44-125) ne croit pas non plus à la légende
- traditionnelle. Bellérophon était en réalité un prince de Lycie qui
- avait éliminé un capitaine pirate (ceux-ci étaient nombreux dans cette
- région d'Asie Mineure) du nom de Chimaros. Le bateau de Chimaros était
- orné d'une tête de lion à la proue et de dragon à la poupe.
- Bellérophon, monté sur Pégase, l'aurait combattu et tué, ramenant la
- paix dans la région\footnote{Plutarque, \emph{Moralia}, \emph{Actions
- vertueuses et courageuses des femmes}, 244-248.}.
- Un autre mythographe, Héraclite
- (\textsc{i}\ieme{}-\textsc{ii}\ieme{} s.)
- avance une interprétation assez originale. Chimère était une reine qui
- ne respectait pas les traités conclus et assassinait ses hôtes.
- Bellérophon l'élimina, ainsi que ses deux frères, Léon, Λέων, et
- Drako, Δράκων.\footnote{Héraclite le paradoxographe, éd. Westremann
- p.316.}
- Un scholiaste de l'\emph{Iliade} d'Homère reprendra bien plus tard
- cette interprétation, mais dans une version plus prosaïque. Il
- existait (l'auteur ne dit ni où ni quand) une auberge tenue par deux
- aubergistes Léo et Drako pour lesquels travaillait une aubergiste
- cuisinière nommée Chimère, qui tuait et faisait cuire certains clients
- et les donnait à manger aux autres\footnote{\emph{Scholia in Iliadem}
- VI, 181 b.}.
- Ces explications ont souvent paru trop compliquées et peu
- vraisemblables. Nombre d'auteurs préférèrent alors une explication
- géographique donc, au moins en principe, vérifiable.
- Le géographe Strabon (60 av.-20 ap. J.-C.) est de loin le plus
- prudent. Il existait en Lycie une montagne et une cité nommées Cragos.
- Il ajoute: «À propos de cette montagne on raconte la légende de
- Chimère. Non loin de là, il y a aussi une gorge nommée Chimère, qui
- s'étend depuis le rivage». Mais il n'en dit pas plus ---et l'on
- ignore toujours l'emplacement de cette cité et même si elle a
- réellement existé\footnote{Strabon, \emph{Géographie} 14, 3, 5.}.
- Ctésias, médecin voyageur du \textsc{v}\ieme{} s. déjà,
- écrivait «que près de Phasélis, en Lycie, il y a un feu immortel»,
- sans aller plus loin. Pline l'Ancien le suivra plus tard: «dans la
- région de Phasélis brûle le mont Chimère»\footnote{Ctésias,
- \emph{L'Inde}, fragment 45; Pline l'Ancien,
- \emph{Histoire Naturelle} II, 110.}.
- Mais c'est Servius, au \textsc{iv}\ieme{} s., qui livrera
- l'explication la plus suivie: «C'est un mont de Cilicie, dont le
- sommet est encore en feu aujourd'hui et autour duquel on trouve des
- lions; ses flancs sont des pâturages où les chèvres abondent; au
- pied de ce mont, les serpents pullulent». On retrouve Servius chez
- bien d'autres, dont Isidore de Séville, qui y voit logiquement un
- volcan, qu'il rapproche de l'Etna et du Vésuve\footnote{Servius,
- \emph{Sur l'Énéide} VI, 288; Isidore de Séville, \emph{Étymologies}
- XIV, 14, 3, 46.}. Bien plus tard, la région où aurait vécu Chimère
- fut identifiée aux environs du village turc de Yanartaş, «Roche
- Enflammée» en turc, près de l'antique cité d'Olympos en Lycie: des
- gaz combustibles émanent du sol et produisent une multitude de
- flammèches, qui seraient à l'origine de la légende. L'hypothèse fut
- évidemment suivie avec enthousiasme par les guides de voyages et les
- autorités touristiques locales contemporaines.
- La dernière vague d'interprétations apparaît chez les auteurs tardifs
- et elle est purement symbolique. On ne se pose en effet plus la
- question de savoir si Chimère a réellement existé. Le monstre aux
- trois corps est l'image des trois âges de l'homme\footnote{Trois âges,
- car l'enfant n'est pas véritablement un homme.} ---adolescence, âge
- mur, vieillesse--- et plus précisément des trois étapes de la passion
- amoureuse. Le meilleur représentant de ce point de vue est sans doute
- Fulgence le Mythographe, qui vécut au \textsc{v}\ieme{} ou
- \textsc{vi}\ieme{} s.: «Si la Chimère est représentée
- avec un corps en trois parties, c'est parce que dans l'amour il y a
- trois modalités: le commencement, l'accomplissement et l'achèvement.
- En effet, quand l'amour arrive, tout neuf, il attaque avec la férocité
- des bêtes, comme le lion {[}\ldots{]}. Quant à la chèvre qui est
- représentée dans sa partie centrale, c'est l'accomplissement du
- plaisir des sens, pour la raison évidente que les animaux de cette
- espèce sont particulièrement enclins au plaisir des sens {[}\ldots{]}.
- Quant à ce qu'elle soit, dit-on, un serpent par derrière, en voici la
- raison: après l'accomplissement, le plaisir des sens provoque la
- blessure du repentir et le poison du péché»\footnote{Fulgence le
- Mythographe, \emph{s. v.} «Cymera». Voir aussi Mythographe du
- Vatican III, 14, 4 et 5, «De Perseo» 4-5\textbf{;} Isidore de
- Séville, \emph{Étymologies} I, 40. 4.}.
- On laissera le lecteur juge de la justesse de cette peinture de
- l'amour et du tempérament des chèvres.
- \section*{Postérité: peinture, gravure et architecture}
- Le monstre tripartite qu'est Chimère disparaît des récits légendaires
- médiévaux, même si les créatures fantastiques restent très présentes
- --- quitte à être christianisées, comme dans la légende de saint
- Georges terrassant le dragon, qu'on a souvent rapprochée de la lutte
- de Bellérophon et Pégase contre Chimère. Les représentations d'êtres
- composites subsistent cependant au Moyen-Âge: ils figurent nombreux,
- par exemple, sur la bordure supérieure de la \emph{Tapisserie de
- Bayeux} (\textsc{xi}\ieme{} s.), et la Renaissance en fera
- aussi un très large usage, avec,par exemple, la multitude de
- créatures étranges de Jérôme Bosch. Mais Chimère \emph{stricto sensu}
- s'éclipse, à la différence d'autres figures plus connues, comme les
- centaures ou la licorne. Les mythographes de la Renaissance ne
- s'intéressent guère à ce monstre homérique et la découverte en 1553 de
- la \emph{Chimère d'Arezzo}, qui sera pourtant exposée dans le palais
- Médicis à Florence, n'a pas retenu l'attention des artistes
- contemporains\footnote{Sur la chimère Renaissance, Morel 2003.}.
- Le terme va subsister ou plutôt réapparaître dans le domaine de
- l'architecture, mais avec une définition élargie, héritée à la fois
- des représentations de la Renaissance et du sens abstrait que prend
- très tôt le mot en français, sur lequel nous reviendrons\footnote{Quatremère
- de Quincy 1832, \emph{s. v}.; Ramée 1868.}. Le nom commun
- «chimère» désigne toute créature fantastique composite, mais pas
- nécessairement tripartite, qu'on ne confondra pas avec la gargouille,
- puisqu'elle n'a aucun rôle utilitaire à la différence de cette
- dernière.
- On rencontre ces chimères dans l'art roman et surtout gothique mais
- les plus célèbres se voient, \textbf{\hl{fig.}6} très nombreuses, en
- plusieurs endroits de Notre-Dame de Paris. Elles forment en
- particulier ce qu'on appelle la \emph{Galerie des chimères} ou la
- \emph{Galerie des Stryges}, le long de la balustrade de la façade de
- la cathédrale. Ces quinze œuvres (la plus connue est \emph{La
- Stryge})\footnote{Le ou la stryge est une créature proche de ce que
- nous nommons vampire --- et ce dernier terme à progressivement
- supplanté celui de stryge: cf. \emph{Dictionnaire de Trévoux} 1752,
- \emph{s. v.} «Stryges», p.859: «Voyez Vampires, qui signifie la
- même chose».} furent réalisées sur des dessins de Viollet-le-Duc,
- lors de la restauration de la cathédrale, achevée en 1856. Elles
- n'appartiennent donc pas à la cathédrale gothique, mais sont des
- créations contemporaines, inspirées à Viollet-le-Duc par ses lectures
- et surtout par les dessins d'Honoré Daumier pour une édition illustrée
- de \emph{Notre-Dame de Paris} de Victor Hugo: elles relèvent d'une
- vision très romantique voire romanesque du Moyen-Âge et n'ont, par
- l'aspect, plus grand-chose à voir avec Chimère\footnote{Le Men 2010;
- Camille 2011.}.
- Ces chimères furent aussi largement utilisées au
- \textsc{xix}\ieme{} et au début du
- \textsc{xx}\ieme{} siècle comme éléments de décor dans
- l'architecture civile cette fois, au-dessus d'un porche, d'une porte
- ou comme support de balcon par exemple\hl{.}
- Après l'époque médiévale et avant sa réapparition dans l'art
- néogothique, Chimère reste discrète. Les Modernes s'y réfèrent, mais
- le plus souvent dans une perspective evhémériste directement héritée
- de l'Antique. L'entrée «Chimère» de l'\emph{Encyclopédie} de Diderot
- et d'Alembert, par l'abbé Mallet, en est le meilleur exemple. Elle
- rappelle, sans trancher, deux hypothèses que nous avons évoquées:
- l'existence d'une montagne enflammée, empruntée à Plutarque, et celle
- du navire Pégase\footnote{\emph{Encyclopédie,} Paris, 1751-1772\emph{,
- s. v}. «Chimère».}.
- \textbf{\hl{fig.}7} Le personnage de Chimère connut surtout une sorte
- de renaissance un peu plus tard avec la publication en 1771 d'une
- eau-forte que son auteur titra lui-même «La Chimère de Monsieur
- Déprez» et qu'il légenda longuement dans son dernier
- état\footnote{Michel 1994.}: «Cette Horrible beste née dans les
- Sables brulans de l'Afrique s'étoit pratiquée une retraite dans les
- ruines du Palais de Massinissa Ancien Roi des Numides; elle n'en
- sortoit que pour devorer les Animaux et les voyageurs; On lui a
- trouvé sous le ventre une poche enorme dans la quelle elle enfermoit
- les Hommes dont elle faisoit sa pâture; Chacune des trois têtes
- mangeoit à son tour les membres des Malheureux qu'elle avoit surpris
- sur les routes, et tandis que l'une devoroit les deux autres
- soutenoient la proie. Ce Monstre étoit toujours en marche, il avoit
- des ailes et des Nageoires; On le voyoit tantôt sur la terre tantôt
- sur les Eaux. Sa grosseur étoit celle de l'Eléphant; Il a fallu un
- grand nombre de Soldats armées pour s'en deffaire avec des Chiens
- dressés au Combat». Être à trois têtes, différentes de celles du
- monstre antique, cette Chimère est très clairement annonciatrice du
- Romantisme. On retrouve en effet ces créatures dans plusieurs romans,
- comme \emph{Smarra} de Charles Nodier ou dans \emph{Isaac Laquedem ou
- le Juif errant} d'Alexandre Dumas\footnote{Nodier 1821; Dumas
- 1852-53.}. Chimère est de même évoquée par Flaubert dans \emph{La
- tentation de saint Antoine} et Huysmans y fait une rapide allusion
- dans \emph{À rebours}\footnote{Flaubert 1874; Huysmans 1884.}.
- L'image de Déprez, qui se vendait bon marché, a marqué les
- contemporains et elle aura une postérité surprenante. Les trois têtes
- furent dotées de chapeaux symboliques (mitre, bicorne, bonnet) et
- Chimère devint le symbole de l'Ancien Régime: «Un monstre à trois
- têtes désignant les trois états de l'Aristocratie s'occupe de dévorer
- le reste du cadavre du Peuple qu'il a englouti impitoyablement dans
- ses entrailles carnivores. Il est précédé du Fanatisme aux queues de
- dragon et qui est vêtu d'un froc monacal, il porte à califourchon sur
- son dos l'Hypocrisie pressant un serpent qui distille son poison
- aristocratique» \textbf{\hl{fig.}8}.
- C'est à un certain nombre de peintres symbolistes que l'on doit, à la
- fin du \textsc{xix}\ieme{} s., une présence renouvelée de
- Chimère, ou plutôt, désormais, de la chimère, être générique. Deux
- peintres, dont l'inspiration a des liens très forts avec la
- littérature de l'époque (Huysmans et le Flaubert de la
- \emph{Tentation} surtout) sont caractéristiques\textbf{.} Gustave
- Moreau entreprend à partir de 1880 un grand tableau, \emph{Les
- Chimères}, qu'il n'acheva jamais: les personnages féminins sont
- accompagnés d'une foule d'êtres composites, de chimères donc, sans
- qu'aucune n'évoque précisément par son aspect la créature antique
- \textbf{\hl{fig.}9}. La chimère est une image, où se retrouvent,
- comme Moreau l'écrit lui-même, «toutes les formes de la passion, de
- la fantaisie, du caprice chez la femme», dans un décor fantasmé
- alliant l'Antiquité et le Moyen-Âge à la Renaissance. Odilon Redon,
- lui aussi, à la fin des années 1880, produira plusieurs images de
- chimères aux titres mystérieux: «Ensuite paraît un être singulier,
- ayant une tête d'homme sur un corps de poisson (d'après la tentation
- de Saint-Antoine)» et «Chimère, une tête aux yeux clos d'où partent
- d'étranges arabesques». On ne s'étonnera donc pas de la réapparition,
- plus tard, du même motif chez les peintres surréalistes: certains
- «cadavres exquis» issus de l'écriture automatique font apparaître
- des êtres composites complexes. Plusieurs peintres ont même
- explicitement titré leurs œuvres «chimère», comme André Masson,
- Victor Brauner \textbf{\hl{fig.}10} ou Max Ernst\footnote{Sur le
- surréalisme et Chimère, Ottinger 2003b.}.
- Mais en même temps, au-delà du monstre grec, au-delà des monstres
- fantastiques, Chimère a acquis une réalité tangible selon un processus
- bien connu de remploi de termes empruntés par les savants à
- l'Antiquité pour désigner des êtres ou des choses. Or, dans le cas de
- Chimère, ce processus a pris une importance particulière, puisqu'il
- concerne des êtres bien réels, mais aussi des êtres imaginaires et
- enfin de véritables créations.
- \section*{Chimériformes}
- De nombreux êtres mythologiques ont été utilisés pour nommer, en se
- fondant sur une ressemblance physique plus ou moins proche ou de façon
- métaphorique, des êtres réels, plantes, animaux ou êtres humains.
- Ainsi le sphinx désigne-t-il toute une famille de papillons, du fait
- de l'aspect de sa chenille, rappelant vaguement la position
- traditionnelle du sphinx égyptien. C'est aussi une race de chats, à la
- peau très plissée dépourvue de fourrure: assis ou couché sa posture
- fait quelque peu penser, là encore, à celle d'un sphinx égyptien.
- Métaphoriquement, enfin, une personne qui a un discours ambigu, qui
- joue sur le mystère du langage, est qualifiée de sphinx: ce fut le
- cas de François Mitterrand. Il en est d'autres: la méduse, le
- centaure, le cerbère ou la mégère.
- Chimère a, en revanche, une postérité très limitée dans le monde
- vivant réel. Les chimaeriformes, constituent un ordre de poissons
- apparentés de loin aux requins. L'espèce la plus connue est la chimère
- commune, appelée aussi chimère monstrueuse, \emph{chimaera
- monstrosa}\footnote{Ebert, Dando 2022.}. Le rapprochement avec Chimère
- est très lâche: ce poisson porte sur le dos une nageoire dorsale
- érectile et venimeuse, dangereuse pour ses prédateurs et pour l'homme,
- nageoire qui peut évoquer, si l'on veut bien faire preuve de beaucoup
- d'imagination, la chèvre cracheuse de feu.
- \section*{Paléontologie et muséographie}
- Le mot chimère est également utilisé en paléontologie. Il désigne des
- fossiles construits artificiellement à partir de vestiges de plusieurs
- espèces. Il s'agit donc de faux, composites comme Chimère, héritage
- des cabinets de curiosité des \textsc{xvii} et
- \textsc{xviii}\ieme{} s. Le plus connu est l'Homme de
- Piltdown \textbf{\hl{fig.}11} en Angleterre, découvert à partir de
- 1908 par Charles Dawson et qui fut considéré au moins jusqu'en 1920
- par bon nombre de paléontologues comme le chaînon manquant entre
- l'homme et le singe, avant que la supercherie soit définitivement
- démontrée en 1953: le crane d'un homme moderne était associé à une
- mandibule d'orang-outan\footnote{Historique de la supercherie: Thomas
- 2002.}.
- Du reste, à côté de ces faux sérieux destinés à tromper, ces «faux
- scientifiques» si l'on peut risquer l'expression, on connaît nombre
- de chimères modernes qui tiennent plutôt du jeu ou, souvent, de
- l'escroquerie \textbf{\hl{fig.}12}. La \emph{Chimère de Fidji}, dont
- un spécimen figure dans les collections du MUCEM de Marseille, est un
- cas emblématique. Lepremier exemplaire connu semble avoir été
- fabriqué par un pêcheur japonais au tout début du
- \textsc{xix}\ieme{} s., pour des raisons religieuses ---
- la sirène, «poisson humain», est une créature de la mythologie
- japonaise. L'objet, torse de singe et arrière de poisson, longtemps
- considéré comme les restes d'un être réel, voyagea à travers le monde
- et fut expertisé par de nombreux savants qui émirent des avis
- divergents sur l'authenticité ou non de cette momie ou fossile. En
- 1842, Barnum, «prince des charlatans», entrepreneur de spectacles,
- en fit l'acquisition et, avec un complice se faisant passer sous
- pseudonyme pour un naturaliste reconnu, organisa des expositions aux
- États Unis.
- Mais l'on sait aussi que nombre de taxidermistes, professionnels ou
- amateurs, se sont amusés à inventer des êtres fantaisistes sur le même
- modèle, par pur plaisir dira-t-on, ou par esprit canularesque: notre
- Dahu est l'une des chimères les plus connues. La chimère est alors,
- parce qu'elle permet toutes les compositions fictives et farfelues
- possibles, à la fois un bricolage savant et un jeu de l'esprit et elle
- rejoint les créations artistiques, en particulier celles des
- Surréalistes. D'ailleurs certaines créations de plasticiens
- contemporains, à bien des égards, relèvent de la même veine. On pense
- à la série de Thomas Grünfeld, \emph{Misfits}, \textbf{\hl{fig.}13}
- qui associe par exemple en une même sculpture un oiseau à mufle de
- porc ou un cerf et sa ramure à un corps de girafe.
- \section*{Chimère, chimérique}
- Le mot «chimère» connut surtout très tôt en français une évolution
- de sens tout à fait particulière. Il prit en effet une valeur
- abstraite et l'adjectif «chimérique» en dérive. Une chimère définit
- alors selon le \emph{Trésor de la langue française}, un «projet ou
- idée sans consistance» et, en général employé au pluriel, «une
- rêverie un peu folle». Ce sens apparaît dès la Renaissance,
- l'adjectif médiéval \emph{chimere} au sens de « insensé, fou» étant
- même plus ancien. Aucune des autres créatures mythologiques grecques
- n'a connu la même évolution. L'adjectif «chimérique» n'a, quant à
- lui, qu'un seul parallèle, l'adjectif «médusé».
- La plus belle illustration de ce glissement de sens est évidemment
- poétique. Le recueil de douze sonnets de Gérard de Nerval, \emph{Les
- Chimères}, a été publié en 1854 à la suite des nouvelles \emph{Les
- Filles du feu}. Il ne s'agit plus, à ce moment-là, de créatures
- mythologiques ou inventées par l'auteur. Le rêve, le songe, la vision
- y sont en revanche omniprésents. Nerval écrit, à la fin de son épitre
- dédicatoire à Alexandre Dumas, que ces sonnets qu'il qualifie
- d'«obscurs» ont été «composés dans un état de rêverie
- supernaturaliste, comme diraient les Allemands» {[}\ldots et
- qu'ils{]} «perdraient de leur charme à être expliqués, si la chose
- était possible». Le recueil assemble des poèmes d'inspirations très
- variées --- Antiquité, Moyen-Âge, Bible et débuts du christianisme ---
- ce qui pourrait expliquer aussi, par cet aspect composite, le choix de
- son titre. Ici le terme perd la valeur péjorative que nous lui
- associons souvent pour une tonalité purement poétique.
- Peut-être pourrait-on rapprocher les songes, les fantasmes de Nerval,
- de ce qu'en dit aujourd'hui la psychanalyse. Le concept de chimère y
- apparaît, avec des significations variées selon les praticiens, sans
- être jamais, et de loin, un élément central de la doctrine. Le plus
- souvent il est à rapprocher du sens courant du terme et désigne une
- construction imaginaire --- idéalisation d'une personne, projet
- valorisant fortement la personne. Chez Michel de
- M'Uzan, cependant, le rapprochement avec Chimère ou au
- moins avec les diverses créatures composites dites chimères, est plus
- explicite: la chimère est pour lui le résultat psychique du lien qui
- relie l'analysant au thérapeute dans le processus du transfert et de
- contre-transfert, «la chimère des inconscients» pour reprendre un de
- ses titres\footnote{M'Uzan M. de 2005;
- M'Uzan M. de \emph{et alii} 2008.}.
- \section*{ADN chimérique}
- Si chimère a progressivement, dans notre français courant, perdu toute
- référence à sa source mythologique, on vient de le voir avec Nerval,
- si le rêve l'a finalement emporté sur toute composition tripartite
- d'êtres monstrueux, la science contemporaine, sans prévenir, nous y
- renvoie, qui fait surgir ou qui crée des êtres apparemment
- impossibles.
- \textbf{\hl{fig.}14} Dès le milieu du
- \textsc{xvii}\ieme{} s., les botanistes découvrirent et
- tentèrent de comprendre un type d'agrume qu'ils nommèrent
- \emph{Biz(z)a(r)ria}, \emph{Citrus Bizzarria}, dont le fruit, d'aspect
- étrange à l'extérieur comme à l'intérieur, est un mélange de cédrat,
- de bigarade et de citron\footnote{Bellinck 1874.}. Les premiers
- exemplaires connus proviennent de jardins italiens, avant de se
- retrouver dans les jardins et orangeries d'Europe où les savants les
- considéraient comme des hybrides. C'est encore la position de
- Darwin\footnote{Darwin 1879.}, avant que les Modernes y voient un type
- de chimérisme, le «résultat d'un conglomérat de deux donneurs».
- Le terme de chimère va prendre une importance très particulière dans
- la littérature biologique humaine à partir de 1944 dans un article
- américain, même si l'existence de créatures chimériques, inexpliquée,
- était connue depuis longtemps, on vient de le voir\footnote{Belgovskii
- 1944; Gozlan 2024.}. Le \emph{Dictionnaire de l'Académie de
- médecine} définit ainsi une chimère: «Organisme constitué de deux
- ou, plus rarement, plusieurs variétés de cellules d'origine génétique
- différente» et précise «Le chimérisme complet est exceptionnel dans
- l'espèce humaine. Il résulte de la fusion de deux œufs au cours d'une
- grossesse gémellaire provenant d'une double fécondation qui aurait dû
- normalement aboutir à la naissance de deux jumeaux dizygotes. Le fœtus
- possèdera ainsi des cellules avec des génomes différents». Une
- chimère correspond à une seule séquence d'ADN
- provenant de plusieurs
- \href{https://fr.wikipedia.org/wiki/Transcription_(biologie)}{transcriptions}
- ou séquences parentes.
- On ne rentrera pas, étant très loin d'être un spécialiste en la
- matière, dans une présentation détaillée de ce qu'est le chimérisme,
- ses causes, les différentes catégories qu'on y rencontre, les
- conséquences de ce que certains appellent un «accident génétique»,
- ou encore, à tort, une maladie, voire une «monstruosité». On se
- contentera, pour mieux faire comprendre le phénomène, que l'on
- rencontre dans le règne animal et dans le règne végétal, deux exemples
- chez l'être humain où il est extrêmement rare, l'Académie le souligne,
- parmi d'autres de la littérature sur le sujet.
- Les trois fils d'une Américaine en attente de greffe rénale subissent
- des tests ADN sanguins simples pour savoir si l'un d'entre eux est
- donneur possible. Ces tests révèlent que, s'ils sont bien fils de leur
- père, deux d'entre eux ne sont pas fils de leur mère. Des tests
- complémentaires avec prélèvements cellulaires montrent que la mère des
- trois enfants était en fait porteuse de deux ADN différents, résultats
- de la fusion, chez sa propre mère, de deux œufs fécondés par deux
- spermatozoïdes différents (deux jumeaux) qui auraient fusionné en tout
- début de grossesse.
- En Russie, un enfant est né par fécondation \emph{in vitro} avec
- toutes les précautions possibles. Le test de paternité classique,
- réalisé après la naissance, montre que le père donneur ne peut être le
- père biologique. Des examens complémentaires montrent que ce père
- porte en fait en lui deux ADN, le sien et celui d'un jumeau mort
- \emph{in utero} à un stade très précoce de la grossesse de sa propre
- mère, ce qu'on appelle le syndrome du jumeau perdu ou du jumeau
- évanescent. L'enfant est donc biologiquement le fils de son père et
- d'un oncle jamais né.
- On n'ira pas plus loin, en indiquant simplement que des tentatives de
- création de nouvelles chimères sont faites, on s'en doute, dans
- certains laboratoires, sans publicité. Ces tentatives, bien entendu,
- posent des questions déontologiques redoutables et ce domaine de
- recherche est particulièrement problématique. Moins inquiétant,
- signalons enfin qu'un laboratoire littéraire, l'Oulipo (\emph{OUvroir
- de LIttérature POtentielle}), propose à tout un chacun de créer ses
- propres chimères\footnote{Ouliponet.fr/contraintes/chimere. Sur
- l'Oulipo, voir, par exemple
- \emph{OU-\textgreater LI-\textgreater PO} 2014\emph{;} Reggianin
- Schaffner 2016.}. Et l'on conclura.
- \section*{Conclusion}
- Nous sommes partis, au \textsc{viii}\ieme{} s. av. J.-C.,
- de Chimère, un monstre tripartite, dont nous ne pouvons, nous,
- admettre l'existence, mais dont les Anciens, pendant des siècles, ne
- mirent pas toujours son existence en doute. Nous en sommes arrivés
- aujourd'hui à reconnaître la réalité de chimères, d'êtres, de
- personnes en quelque sorte composites dont nous ne soupçonnions pas,
- dont nous ne pouvions \emph{a priori} pas admettre l'existence,
- puisqu'une chimère est le fruit d'une imagination proche de la folie.
- L'histoire des mots se révèle parfois bien étrange.
- \section*{Sources: textes grecs}
- Athénée, \emph{Deipnosophistes,} XI, 97, 19; éd. Georg Kaibel,
- Leipzig (Teubner), 1887.
- Ctésias, \emph{L'Inde,} fragment 45; éd. Dominique Lenfant, Paris
- (CUF), 2004.
- Ctésias, in Antigone de Carystos, \emph{Histoires étonnantes}, 166
- (182); éd. Dominique Lenfant, Paris (CUF), 1999.
- Euripide, \emph{Electre}, v.473-474; éd. Henri Grégoire, Paris
- (CUF), 1923.
- Euripide, \emph{Ion,} v.\emph{}203-204; éd. Henri Grégoire, Paris
- (CUF), 1925.
- Euripide, \emph{Sthénébée,} fragments 665A et 669; éd.François Jouan
- et Herman Van Looy, Paris (CUF), 2002.
- Héraclite le paradoxographe, « Περὶ Ἀπίστων, On Unbelievable Tales»,
- éd. Jacob Stern, \emph{Transactions of the American Philological
- Association} 133.1, 2003.
- Hésiode, \emph{Théogonie}, v.319-323; éd. Paul Mazon, Paris (CUF),
- 1928.
- Homère, \emph{Iliade} VI, v.178-183 et XVI, v.327-328; éd. Paul
- Mazon, Paris (CUF), 1937.
- \emph{Scholia in Iliadem} VI, v.181a et b, éd. Hartmut Erbse,
- \emph{Scholia Graeca in Homeri Iliadem}, Berlin (De Gruyter), 1969-83.
- Lucien, \emph{Qu'il ne faut pas croire à la calomnie à la légère,}
- 26; éd. Emile Chambry revue par Alain Billault et Emeline Marquis,
- Paris (Lafont) 2015.
- Lysias, fragment 439; éd. Louis Gernet, Paris (CUF), 1926.
- Palaiphatos, S\emph{ur les récits qu'on ne peut croire,} 28:
- «Bellérophon»; éd. Kai Brodrsen, Stuttgart (Reclam), 2002.
- Plutarque, \emph{Œuvres morales IV.} \emph{Conduites méritoires des
- femmes}, 244-248; éd. Jacques Boulogne, Paris (CUF), 2002.
- Pseudo Apollodore, \emph{Bibliothèque,} II, 30-31, éd. J.G.Frazer,
- trad. J.-C.Carrère, B.Massonie, Besançon, 1991.
- Strabon, \emph{Géographie,} XIV, 3; éd Aude Cohen-Skalli, Paris
- (CUF), 2024.
-
- \section*{Sources: textes latins}
-
- Fulgence le Mythographe, \emph{Mythologies}, III, «\emph{Fabula
- Bellerophontis}»; éd. Etienne Wolff \& Philippe Dain, Villeneuve
- d'Ascq (PU Septentrion), 2013.
- Hygin, \emph{Fables,} 57; éd. Jean-YvesBoriaud (CUF), 2012.
- Isidore de Séville, \emph{Étymologies,} I, 40; XI, 3, 36; XIV, 14, 3
- éd. Wallace MartinLindsay, Oxford, 1911.
- Mythographe du Vatican, III, 14, 4 et 5 «\emph{De Perseo}» ; éd.
- Philippe Dain, Besançon (ISTA), 2005.
- Ovide, \emph{Métamorphoses} VI, v.339-341; IX, v.647; éd. Georges
- Lafaye, Paris (CUF), 1928.
- Pline l'Ancien, \emph{Histoire Naturelle,} II, 110;
- éd. Jean Beaujeu, Paris (CUF), 1951.
- Servius, \emph{Sur l'Énéide,} VI, 288; éd. Emmanuelle Jeunet-Mancy,
- Paris (CUF), 2012.
- \section*{Abréviations}
- CUF: Collection des Universités de France (dite Collection Budé).
- LIMC: \emph{Lexicon Iconographicum Mythologiae Classicae.}
- RA: Revue archéologique.
- TLF: \emph{Trésor de la langue française}.
- \section*{Bibliographie}
- Amandry 1948: Amandry P., «ΠΥΡΠΝΟΟΣ ΧΙΜΑΙΠΑ», \emph{Mélanges
- Charles Picard}, \emph{RA}, p1-11.
- Belgovskii 1944: Belgovskii L., «The Causes of Mosaicism Associated
- with Heterochromatic Chromosome Regions», dans \emph{OTS 61-11476},
- \href{https://fr.wikipedia.org/wiki/D\%C3\%A9partement_du_Commerce_des_\%C3\%89tats-Unis}{United
- States Department of Commerce} - Office of Technical Services.
- Bellinck 1874: Bellinck A., \emph{Cours élémentaire de botanique},
- Paris.
- Camille 2011: Camille C., \emph{Les Gargouilles de Notre-Dame:
- Médiévalisme et monstres de la modernité}, Paris.
- Darwin 1869: Darwin C.: \emph{De la variation des animaux et des
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- \emph{Encyclopédie}: Diderot D., D'Alembert J. dir.,
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- Ebert, Dando 2022: Ebert D. A., Dando M., \emph{Requins, raies et
- chimères d'Europe et de Méditerranée}, Paris.
- Gozlan 2024: Gozlan A. M., «Génétique: histoires incroyables de
- chimères humaines naturelles», \emph{Blog Réalités biomédicales,} 21
- et 28 mai. https://www.lemonde.fr/blog/realitesbiomedicales/2024.
- Jacquemin: Jacquemin A., \emph{LIMC}, \emph{s. v.} «Chimaira.
- Le Men 2010: Le Men S., «De \emph{Notre-Dame de} Paris au
- \emph{Stryge}: l'invention d'une image», \emph{Livraisons de
- l'histoire de l'architecture} 20, p.49-74.
- Michel 1994: Michel R. dir., \emph{La Chimère de Monsieur Déprez},
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- Morel: 2003: Morel P., «Quelques considérations sur les chimères de
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- Moretti 2003: Moretti S.-A., \emph{Du mythe au motif, de l'hybride au
- concept, d'Orient en Occident. Histoire de l'invention de Chimère de
- la période orientalisante à l'hellénistique}, thèse.
- M'Uzan M. de 2005\emph{: Aux confins de l'identité},
- Paris.
- M'Uzan M. de et alii 2008: \emph{La chimère des
- inconscients, débat avec M. de M'Uzan}, Paris.
- Ottinger 2003a: Ottinger D. dir., \emph{Chimères}, Arles.
- Ottinger 2003b: Ottinger D., «Quand reverdit l'acacias (surréalisme
- et écriture chimérique», in Ottinger 2003, p.59-81.
- Quatremère de Quincy 1832: Quatremère de Quincy A.-C.,
- \emph{Dictionnaire historique d'architecture}, Paris.
- Ramée 1868: Ramée D., \emph{Dictionnaire général des termes
- d'architecture}, Paris.
- Roes 1934: Roes A., «The Representation of the Chimaera»,
- \emph{JHS} 54, p.21-25.
- Thomas 2002: Thomas H., \emph{Le Mystère de l'homme
- de Piltdown: Une extraordinaire imposture scientifique}, Paris.
- \section*{Illustrations}
- Fig.1. Statère de Sycione, argent; wikimedia commons
- Fig.2. Chimère d'Arrezzo, bronze (\emph{ca} 400 av. J.-C.), Florence,
- Museo archeologico nazionale; wikimedia commons.
- Fig.3. Chimère, plat à figures rouges, Apulie (\emph{ca} 350-340 av.
- J.-C°, Louvre K362; wikimedia commons.
- Fig. 4. Chimère et Bellérophon, relief Jacobsthal (500-440), Mélos (?)
- British Museum; wikimedia commons.
- Fig.5. Bellérophon affrontant Chimère, mosaïque (2\ieme{}
- s. ap. J.-C.), musée Rolin, Autun; wikimedia commons.
- Fig.6. La stryge de Notre-Dame
- Fig.7. \emph{La Chimère de Monsieur Déprez}; Gallica, BNF.
- Fig.8. Caricature révolutionnaire: les trois ordres et Chimère;
- wikimedia commons.
- Fig.9. Gustave Moreau, \emph{La chimère}, 1858, in Ottinger 2003.
- Fig.10. Victor Brauner, \emph{Chimère,} 1941, in Ottinger 2003
- Fig.11. L'homme de Piltdown, reconstitution; wikimedia commons.
- Fig.12. \emph{Chimère de Fidji}, Marseille, MUCEM; wikimedia
- commons.
- Fig.13. Thomas Grünfeld, \emph{Misfits}; in Ottinger 2003.
- Fig. 14\emph{. Citrus Bizzaria} ; wikimedia commons.
- \input{images}
- \FloatBarrier
- \FloatBarrier
- \FloatBarrier
- \end{refsection}
- %@@fin
- \tableofcontents
- \end{document}
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