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  1. \titre{29 Septembre 2026}{Communication}{Thierry Dumont}{, membre
  2. titulaire}{ Les cartes : une collaboration entre l'Est et l'Ouest
  3. au tournant du XVIII\ieme{} siècle.}
  4. \label{1b5fd8b804a768a3db47d6c36c59ec54664d9e6d}
  5. %\section*{Le temps des cartes}
  6. Au la fin du XVII\ieme{} siècle, la cartographie connaît un
  7. développement spectaculaire: utilisant des techniques nouvelles il
  8. devient possible de réaliser des cartes avec une précision jamais
  9. atteinte. Deux pays, la France et la Chine vont ainsi cartographier
  10. leur territoire entier. La carte de la France a été réalisée à la
  11. demande de Colbert; en Chine la carte a pu être réalisée grâce à un
  12. transfert de connaissances depuis la France par des missionnaires
  13. jésuites, et parce qu'un contexte
  14. politique favorable s'était établi. En retour les connaissances sur la
  15. Chine on fait un bon en avant, non sans poser des questions sociales,
  16. politiques et religieuses en France. C'est aussi le début d'une grande époque de
  17. \textit{sinomania} en Europe.
  18. \section*{En France: Colbert, Cassini, l'Observatoire et
  19. l'Académie des Sciences}
  20. L'Académie des Sciences est créée en 1666, l'Observatoire de Paris en
  21. 1667.
  22. Le premier directeur de l'observatoire est Jean-Dominique
  23. Cassini. Colbert fixe deux priorités aux astronomes: 1) résoudre le
  24. problème des longitudes, 2) établir la carte du Royaume.
  25. Bien sûr; les deux problèmes sont liés: si on sait mesurer des
  26. longitudes (et des latitudes) on saura faire des cartes.
  27. \subsection*{Une horloge universelle?}
  28. La différence de longitude entre deux lieux se manifeste uniquement
  29. par la différences des instants de passage au méridien des astres,
  30. comme le soleil par exemple, mesurés sur des horloges
  31. synchronisées. Actuellement, nous disposons d'un temps universel (TU)
  32. et de moyens de synchroniser des horloges à distance, ce qui n'a été
  33. possible que depuis la généralisation de myens de communication
  34. presque instantanés: télégraphe et radio.
  35. L'heure que nous utilisons dans notre vie quotidienne est définie
  36. par un décalage par rapport à ce temps universel. Rien de tel
  37. n'existait au XVII\ieme{} et au XVIII\ieme{} siècle.
  38. L'idée était alors de chercher des événements astronomiques qui
  39. s'observent partout au même instant. Parmi eux les phénomènes des
  40. satellites de
  41. Jupiter présentent l'avantage d'être assez fréquents: ce sont des
  42. éclipses quand un des 4 satellites dits \textit{galiléens} (car
  43. découverts par Galilée) passe dans
  44. le cône d'ombre de la planète et des occultations quand il passe
  45. derrière la planète. Si on possède des éphémérides de ces phénomènes,
  46. on peut alors caler une horloge sur l'heure, disons de Paris, puis
  47. mesurer l'heure de passage au méridien d'astres
  48. (étoiles, soleil), comparer avec leur heure de passage au méridien à
  49. Paris et en
  50. déduire la longitude du lieu d'observation. Si cette méthode est la
  51. seule qui permette à cette époque de mesurer la longitude d'un lieu
  52. lointain (disons une île qu'on découvre), elle souffre de plusieurs
  53. problèmes: il faut que Jupiter soit visible et bien sûr qu'il fasse
  54. beau temps; elle est inutilisable sur une bateau et elle n'est pas
  55. suffisamment précise pour réaliser la carte d'un pays: les erreurs
  56. sont facilement de l'ordre d'une dizaine de kilomètres.
  57. \subsection*{La triangulation} C'est une méthode connue depuis
  58. longtemps: ce qui est nouveau, c'est l'application de cette méthode à
  59. un pays entier. Elle est basée sur une formule de trigonométrie
  60. élémentaire: dans un triangle quelconque, d'angles $A$,$B$, $C$
  61. et de cotés $a$, $b$, $c$ (voir la figure \ref{fig:tri1}), on a la relation
  62. \begin{displaymath}
  63. \frac{a}{\sin A}= \frac{b}{\sin B}= \frac{c}{\sin C}.
  64. \end{displaymath}
  65. (où on a noté $a$, $b$, $c$ les longueurs des cotés).
  66. \begin{figure}[ht]\centering
  67. \begin{subfigure}{0.4\linewidth}\centering
  68. \includegraphics[height=4cm]{Images/triang.pdf}
  69. \caption{Relations dans un triangle}
  70. \label{fig:tri1}
  71. \end{subfigure}
  72. %\hfill
  73. \begin{subfigure}{0.4\linewidth}\centering
  74. \includegraphics[height=4.25cm]{Images/ctrig}
  75. \caption{Chaîne de triangles}
  76. \label{fig:ctri}
  77. \end{subfigure}
  78. \caption{Principes de la triangulation}
  79. \label{fig:triangulation}
  80. \end{figure}
  81. Cette formule permet, connaissant $c$, $A$ et $B$ de calculer les
  82. longueurs des cotés $a$ et $b$ à condition de disposer de tables des valeurs
  83. des fonctions trigonométriques, ce qui est le cas au XVII\ieme{}
  84. siècle. On peut aussi, par
  85. des calculs simples, connaissant les coordonnées (lattitude et
  86. longitude) des extrémités du
  87. coté $c$, calculer les coordonnées du sommet opposé. La technique
  88. consiste alors à construire de proche en proche des chaînes de
  89. triangles (voir la figure \ref{fig:ctri}).
  90. La mise en pratique à l'échelle d'un pays entier pose quelques
  91. problèmes: 1) le grand nombre de triangles à mesurer et à calculer, 2)
  92. l'influence de la sphéricité de la Terre: l'application de la formule
  93. ci-dessus à des triangles de 30~kms environ (ce qu'on utilise en
  94. pratique) produit à une erreur de 500 mètres environ par triangle, ce qui
  95. n'est pas admissible. Il faut utiliser des formules de trigonométrie
  96. \textit{sphérique}, moins simples et qui demandent plus de calculs.
  97. Notons qu'à l'époque on dispose des précieuses tables de logarithmes:
  98. les logarithmes permettent de transformer les multiplications en
  99. additions et les divisions en soustractions, ce qui accélère
  100. considérablement les calculs.
  101. \subsection*{La carte de Cassini}
  102. On a commencé par la triangulation le méridien de Paris (figure
  103. \ref{fig:triparis}). Ensuite, la triangulation de grandes transversales
  104. (figure \ref{fig:transver}) a permis de découper le travail en
  105. zones indépendantes. La triangulation de ces zones permettra d'avoir
  106. plusieurs mesures pour certains sommets de triangles et d'estimer
  107. ainsi les erreurs commises.
  108. \begin{figure}[h]\centering
  109. \begin{subfigure}{0.45\textwidth}\centering
  110. \includegraphics[width=\textwidth]{Images/Méridienne_de_Paris}
  111. \caption{Triangulation du méridien de Paris}
  112. \label{fig:triparis}
  113. \end{subfigure}
  114. %\hfill
  115. \begin{subfigure}{0.45\textwidth}\centering
  116. \includegraphics[width=\textwidth]{Images/1744Cass.jpg}
  117. \caption{Les transversales}
  118. \label{fig:transver}
  119. \end{subfigure}
  120. \caption{Réalisation de la carte de Cassini \footnotesize{(BnF, Gallica. Domaine public)} }
  121. \label{fig:cartecass}
  122. \end{figure}